Volume 3 Numéro 63  - 30 octobre 2015

20e anniversaire du référendum de 1995
20 ans du référendum et l'élection
des libéraux de Justin Trudeau

Aujourd'hui est le 20e anniversaire du référendum sur la souveraineté du Québec de 1995. Le 30 octobre 1995 les Québécoises et Québécois étaient appelés à répondre à la question: «Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique? »

Le résultat du référendum est bien connu. Malgré une différence de vote de moins de 1 %, le premier ministre du Canada Jean Chrétien a proclamé que c'était une « victoire contre le séparatisme ».

L'histoire a « la couenne dure» comme on dit au Québec. Alors que l'élection d'un gouvernement majoritaire libéral a lieu pratiquement en même temps que les 20 ans passés depuis le référendum de 1995 au Québec, nous assistons dans les deux cas à un effort concerté de l'establishment fédéral et provincial de faire comme si de rien n'était et de retourner au train train quotidien.

Dans les entrevues et reportages sur le référendum du 30 octobre 1995, on entend allègrement les Jean Chrétien, les Jean Charest (vice président du « camp du non ») et les Brian Tobin respectivement chef du Parti libéral du Canada, chef du Parti conservateur au niveau fédéral et premier ministre libéral de Terre-Neuve, partager dans un langage de campagne militaire, combien ils ont fait tout pour s'ingérer dans la discussion du peuple du Québec face à son droit légitime d'exercer sa souveraineté.

Durant la période menant au référendum, les libéraux menés par Chrétien et le chef du Parti libéral du Québec Daniel Johnson ont dressé tous les obstacles possibles à une discussion sereine sur les besoins de la nation québécoise et le besoin d'une constitution moderne pour le Canada. Ils ont recouru au mensonge, à la déformation, à la menace et au chantage pour subvertir tout effort de discussion raisonnable. Le « camp du non » a commis des infractions répétées à la Loi référendaire du Québec, notamment en ce qui concerne les limites des dépenses.


Rassemblement pour le «Oui» à Verdun durant le référendum, le 25 octobre 1995

Plus tard, en 2006, le directeur général des élections du Québec a demandé au juge Bernard Grenier d'enquêter sur les allégations de dépenses illégales du camp du Non et d'Option Canada, un groupe de pression associé aux grandes entreprises et qui a fait des dons tant au Parti libéral qu'au Parti conservateur. Le juge a conclu que 539 000 $ ont été dépensés illégalement par le comité du Non durant la campagne référendaire sans compter le « rassemblement pour l'unité ».

Suite à la publication du rapport du juge Grenier en 2007, des voix se sont élevées pour exiger une pleine enquête fédérale sur les entorses à la Loi référendaire du Québec et la demande a été soulevée au parlement canadien par le Bloc québécois et les auteurs du livre Les secrets d'Option Canada. Toutes les demandes d'enquête ont été rejetées par le premier ministre Stephen Harper, tout comme son parti, les libéraux et les néodémocrates ont refusé de parler du besoin de changement constitutionnel durant la récente campagne électorale.

Le coup électoral qui a mis au pouvoir le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait entre autres pour stratégie de ne rien dire au sujet de la constitution et du droit du Québec à l’autodétermination. Il y a eu un effort concerté des médias au Québec pour ne pas lui poser la question et Justin Trudeau a presque passé 78 jours en campagne électorale sans devoir se prononcer. Le seul moment où la question lui a été posée est lors du débat des chefs et sa réponse désinvolte a tout dit. Le chef du NPD Thomas Mulcair lui a demandé quel serait le bon numéro pour lui si un vote de 50% plus un en faveur de la souveraineté ne serait pas suffisant, à quoi Trudeau a répondu: «Le numéro 9. Neuf juges de la Cour suprême.» Il dit donc clairement que la décision appartient au pouvoir fédéral et pas au peuple québécois.

Et bien que la question n’ait pas été discutée durant la campagne, on prétend maintenant que le résultat de l’élection « prouve » que la souveraineté du Québec est «dépassée».

La réalité est que les arrangements constitutionnels et fédéraux qui datent du XIXe siècle ne répondent plus aux besoins de l’affirmation des droits, que ce soit les droits nationaux du Québec, les droits des peuples autochtones et les droits des citoyens et résidents partout au Canada. Le rapatriement de la Constitution de Pierre Trudeau en 1982  et sa Charte des droits et libertés n’a rien résolu, bien au contraire. Non seulement le rapatriement s’est-il fait sans le consentement et l’adhésion du Québec, qui est en soi une réalité qu’aucun silence ne va régler, mais la Charte des droits et libertés n’a créé que des contentieux et a laissé les Canadiens en proie à un assaut brutal contre leurs droits, y compris avec la nouvelle loi antiterroriste de Stephen Harper, la loi C-51. Elle n’a été d’aucun secours pour affirmer les droits ancestraux des peuples autochtones devant l’assaut des gouvernements au service des riches qui veulent livrer les ressources et les terres à l’exploitation irresponsable des monopoles mondiaux. Et rien de tout cela n’a non plus affirmé le sens d’appartenance des Canadiens.

Tout au contraire, ce sont les luttes pour l’affirmation de tous ces droits qui indiquent quels arrangements modernes il nous faut, pas la prétention que «tout est maintenant réglé» sans que rien ne soit abordé. Au lendemain de l’élection du 19 octobre, le premier ministre du Québec Philippe Couillard a déclaré que le résultat de l’élection prouve que la souveraineté du Québec est révolue. Sera-t-il tenté maintenant avec Justin Trudeau de mettre à exécution sa menace de signer la Constitution au nom du Québec et de « clore le débat » pour toujours? Il devra y penser à deux fois!

S’il y a un message clair de l’électorat québécois sur la question de la souveraineté, que ce soit à l’issue de l’élection fédérale du 19 octobre et de l’élection provinciale de septembre 2014, c’est que les Québécois refusent de se faire imposer une vision de la nation ou une identité définies par d’autres. Ils rejettent toute vision étroite qui ne part pas de la garantie des droits de tous. Aucune proclamation de Couillard ou Trudeau ne «finira» la question nationale et la question constitutionnelle. La période qui vient, avec notamment le 150e anniversaire de la fédération canadienne en 2017, doit être l’occasion d'une grande discussion sur les arrangements nécessaires pour garantir les droits nationaux du Québec, les droits ancestraux des peuples autochtones, les droits des minorités nationales, les droits de citoyenneté et le désir des Canadiens et Canadiennes d’affirmer leur identité. C’est l’occasion de discuter du besoin d'une constitution moderne pour le Québec et pour le Canada et de garantir les droits qui appartiennent à tous du fait qu’ils sont humains. C’est la lutte pour l’affirmation des droits de tous qui nous permettra de nous orienter dans la mer de désinformation que laissent présager les préparatifs pour le 150e anniversaire de la Confédération.

Notre avenir est dans la défense des droits de tous !
Que la classe ouvrière devienne la nation et investisse le peuple du pouvoir souverain !



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