Volume 3 Numéro 67  - 20 novembre 2015

Quelle voie vers l'avant pour le Québec?

Pour un règlement négocié qui respecte les
demandes des travailleurs du secteur public


Action à Montréal le 17 novembre des travailleurs du secteur public (CSN)

Le 18 novembre, le Front commun, qui représente plus de 400 000 travailleurs et travailleuses du secteur public, a déposé une contre-proposition en réponse à la nouvelle offre « bonifiée » du Conseil du trésor du 6 novembre dernier. Le trait saillant de la contre-proposition syndicale est la réduction de la demande salariale du Front commun en terme de pourcentage d'augmentation annuelle, dans le cadre des mêmes paramètres que le Front commun a établis depuis le début de la négociation, c'est à-dire s'attaquer à l'appauvrissement des travailleurs et effectuer un rattrapage avec le secteur privé pour que le secteur public garde ses travailleurs et en attire d'autres. Les pourcentages d'augmentation sont diminués, mais ils demeurent substantiellement plus élevés que ceux offerts par le gouvernement qui sont en fait une diminution de salaire si on considère l'augmentation du coût de la vie.

Le président du Conseil du trésor a tout de suite réagi à la contre-proposition du Front Commun, la déclarant inacceptable. Elle est inacceptable, dit-il, parce qu'elle ne respecte pas le cadre budgétaire que le gouvernement Couillard s'est fixé et a imposé au Québec, notamment l'équilibre budgétaire comme dogme et l'augmentation des paiements aux grands prêteurs privés d'argent. Si le gouvernement consent à négocier sur la base des demandes des travailleurs, affirme le président du Conseil du Trésor, il n'aura d'autre choix que d'augmenter les taxes et les impôts des particuliers et de sabrer encore plus dans les services publics et les programmes sociaux.


Manifestation dans les rues de Montréal, le 17 novembre 2015  (CSN)

Ainsi, toutes les solutions du gouvernement Couillard consistent à appauvrir la société québécoise d'une façon ou d'une autre. Pendant ce temps, et dans la même veine, il accélère le transfert d'une partie toujours plus grande du produit social vers des intérêts privés, que ce soit par le paiement accéléré de la dette ou par la privatisation des avoirs publics, notamment dans la santé et l'éducation. L'appauvrissement des conditions de travail dans le secteur public fait aussi partie de cet agenda politique. Ce faisant il attaque la dignité du travail.

La privatisation de la santé signifie entre autres que les grands développements technologiques d'aujourd'hui vont servir non pas à améliorer la condition de l'ensemble de la population québécoise, mais bien à enrichir une infime minorité et à offrir des technologies de pointe dans certains domaines spécialisés pour les offrir à une clientèle internationale sur une base payante. La privatisation de l'éducation ne mènera pas elle non plus à une plus grande ouverture de l'éducation publique pour toutes et tous.

Le gouvernement prend le ton dur et parle de responsabilité financière et d'équilibre budgétaire uniquement pour bloquer toute discussion sur une alternative en ce qui concerne la réalisation des revenus qui sont nécessaires à la satisfaction des besoins des travailleurs et de la population. Ultimement, c'est par l'usage du pouvoir de l'État qu'il entend imposer sa volonté.

En septembre 2014, quelques mois après son élection, Philippe Couillard s’est rendu à New York pour y rechercher des investissements auprès des monopoles américains. En entrevue avec l'agence Bloomberg, il leur a promis que le gouvernement du Québec va garantir que des fonds seront disponibles et qu'il va créer des opportunités pour augmenter les profits des entreprises.

Afin d’attirer l’investissement, il a promis que le droit à des services publics comme la santé et l’éducation vont être sérieusement limités et que les salaires des travailleurs du secteur public seront baissés, avec l'effet d'entraînement que cela aura pour l'ensemble des travailleurs du Québec. Il leur a aussi dit qu'il allait «choisir ses batailles», ceux avec qui son gouvernement est capable d’engager une bataille sans compromis.

Lorsque les éditorialistes de Blomberg ont mis en doute la capacité de son gouvernement de contrôler le mouvement du peuple pour ses droits, Couillard a expliqué qu'il entendait mener les batailles dans lesquelles il se croit capable de mobiliser l'opinion publique de son côté en utilisant le dogme des «contraintes budgétaires» et de la «défense des contribuables».

C'est la bataille à laquelle nous assistons présentement. C’est ce plan qu’il a présenté aux investisseurs à New York pour les rassurer qu’il est maintenant en train d’appliquer pour nier les droits des travailleurs à des conditions de travail adéquates et à un emploi décent et pour aller à fond de train avec la privatisation néolibérale des services publics.


Montréal, le 17 novembre 2015 (FTQ)

Les travailleurs du secteur public et le peuple du Québec dans son ensemble, qui manifeste à chaque jour son appui à la lutte de ces travailleurs contre l'austérité néolibérale, ont identifié le besoin immédiat d'améliorer sérieusement les conditions des travailleurs qui sont les conditions de la livraison des services publics. Un personnel surmené, sous-payé et réduit au silence est loin d'être une garantie des services de qualité auxquels la population a droit. Par contre cela crée une situation très propice au développement de services privés de toutes sortes.

Ceux qui dispensent les services ont le droit de négocier les conditions et les salaires qu'ils jugent acceptables pour eux-mêmes et les services. La lutte qu'ils mènent est une contribution à la défense des services publics et à la construction d'une société centrée sur l'être humain plutôt que sur le profit et leur lutte ouvre aussi une porte à la discussion publique sur la façon de réaliser les revenus nécessaires pour assurer les services dans le présent et l'avenir. Elle permet de sortir la discussion du cadre déprimant des concepts néolibéraux qui bloquent la pensée et ont échoué à produire des sociétés faites pour les êtres humains.

Ne laissons pas le gouvernement Couillard imposer le diktat des riches par une loi spéciale. Où est l'autorité publique qui défend le bien public? Ce sont les travailleurs qui défendent le bien public par leurs revendications concernant les salaires et les conditions de travail en santé, éducation et autres programmes sociaux.

Appuyons les travailleurs du secteur public et leurs demandes légitimes!
Une nouvelle direction pour le Québec!


La contre-proposition du Front commun

Le 18 novembre, le Front commun a présenté une contre-proposition au gouvernement du Québec en réponse à l'offre soi-disant bonifiée du gouvernement du 6 novembre dernier. La contre-proposition, écrit le Front commun, présente une demande salariale amendée qui maintient les trois principes qu'il a mis de l'avant depuis le début des négociations et qu'il décrit de la façon suivante : stopper l'appauvrissement des travailleuses et des travailleurs du secteur public, mettre un terme à leur retard salarial et maintenir la parité avec les autres travailleurs québécois, améliorer leurs conditions de vie en leur permettant de bénéficier de l'enrichissement collectif du Québec.

La demande est la suivante : protection du coût de la vie, selon l'indice des prix à la consommation (IPC), avec un minimum de 1 % par année ; pour le rattrapage salarial, 1 % par année jusqu'à ce que le retard de la rémunération globale constaté par l'Institut de la statistique du Québec (7 %) soit résorbé ; en ce qui concerne l'enrichissement collectif, 0,5 % si la croissance du PIB est supérieure à 1 %. C'est donc une demande de 2,5 % par année sur trois ans, avec rajustement si l'inflation dépasse 1 %. Pour l'année 2005, en fonction des données publiées par Statistique Canada, soit une inflation de 1,4 % et une croissance du PIB de 1,5 %, la demande salariale est donc de 2,9 %. Le Front commun considère que le rattrapage salarial des travailleurs du secteur public devra se poursuivre après la signature de cette convention qu'il veut de 3 ans (le gouvernement demande un contrat de 5 ans). La demande salariale précédente du Front commun était de 4,5 % par année.

En ce qui concerne le régime de retraite, sur lequel le gouvernement est en forte demande de concessions, le Front commun rejette toujours la demande du gouvernement de faire passer l'âge de la retraite sans pénalité de 60 à 62 ans de même que la demande de l'augmentation de la pénalité pour les cas de retraite anticipée de 4 % à 7,2 % . Le Front commun propose de mettre de l'avant des mesures incitatives avantageuses pour permettre aux travailleurs qui le désirent de travailler plus longtemps , plutôt que les mesures punitives du gouvernement. Il rappelle à cet effet qu'il avait négocié en 2010 une clause qui permettait à un travailleur qui le désire de travailler une 36e, une 37e, ou même une 38e année (au lieu de quitter après 35 ans de service) et de voir ainsi sa rente augmenter jusqu'à concurrence de 76 % du salaire des cinq meilleures années. Cette mesure ayant obtenu des résultats, le Front commun propose au gouvernement de déplafonner cette clause à 40 années travaillées. Le travailleur qui le désire pourrait travailler plus longtemps et voir sa rente augmenter à 80 % du salaire des cinq meilleures années

Le Front commun propose de poursuivre les travaux techniques avec le gouvernement sur la pérennité du Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) mais note qu'à aucun moment le Conseil du trésor n'a fait la démonstration que le régime, qui est capitalisé à 98 % selon les évaluations actuarielles, serait en danger.

En ce qui concerne la relativité salariale, le Front commun dément l'affirmation du Président du Conseil du trésor selon laquelle la restructuration salariale dont il veut faire un enjeu clé de la négociation actuelle est le résultat de travaux conjoints avec le Front Commun. Le Front commun déclare avoir accepté de procéder à des travaux sur les structures salariales en posant d'abord ces conditions : que l'opération ne pouvait se faire à coût zéro, que personne n'en devait sortir perdant, c'est-à-dire par exemple que le rehaussement d'un salaire ne peut pas se faire aux dépens d'un autre salaire, et que les travaux sur la relativité salariale ne peuvent pas remplacer les augmentations de salaire selon les paramètres définis par les syndicats. Selon le Front commun, le Conseil du trésor n'a respecté aucune de ces conditions dans son offre du 6 novembre. On sait que le président du Conseil du trésor avait admis que certains salaires pourraient baisser et que les salaires à l'entrée pourraient dorénavant être plus bas qu'ils ne le sont présentement. Il avait mentionné également que le gouvernement entendait réduire de beaucoup le nombre des catégories d'emplois, ce qui ne manquerait pas d'avoir des incidences sérieuses sur les conditions de travail.

Finalement, le Front commun déclare que pour faire avancer la négociation, il reporte les trois journées de grève générale prévues les 1er, 2 et 3 décembre prochain.

« Le Front commun n'envisage pas d'annuler des journées de grève, ni de suspendre son mouvement », lit-on dans un communiqué sur la contre-proposition. « En signifiant au gouvernement que nous sommes prêts à exercer plus tard certaines journées initialement prévues, nous lui envoyons un message clair : si aucune avancée significative n'est constatée aux tables de négociation au cours des prochaines heures, le mouvement de grève pourrait reprendre dès la semaine suivante...Martin Coiteux doit comprendre le message : les membres du Front commun sont déterminés à améliorer leurs conditions de travail et l'accessibilité aux services publics pour l'ensemble de la population. Et le report de nos journées de grève pourrait s'avérer de courte durée si aucun mouvement significatif n'est constaté aux tables de négociation. »



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