Volume 3 Numéro 69  - 26 novembre 2015

La prévention de la « radicalisation »
dans les établissements scolaires : s'en prendre
aux jeunes pour la politique de guerre et d'agression

On apprenait la semaine dernière que des initiatives prises récemment au collège de Maisonneuve à Montréal allaient servir de modèle de « lutte à la radicalisation des jeunes ». Cette année, rapportent les médias, « on a fait appel à plusieurs organismes et communautés pour savoir comment ils perçoivent le phénomène de radicalisation ». Le collège a annoncé qu'un groupe d'enseignants a produit « des fiches pour aborder le phénomène en classe » et que les résultats de cette recherche qui sera présentée en janvier 2016 seront « un exemple pour d'autres établissements scolaires ».

À la demande du collège, une policière est entrée en fonction en avril à raison de trois jours/semaine et y travaille habillée en civil. Personne ne pourra savoir qu'elle est policière. Ian Lafrenière, responsable des communications et relations médias pour le Service de police de la Ville de Montréal, a précisé que si elle détecte des informations qui indiqueraient une quelconque menace immédiate, elle communiquerait avec la police qui procéderait à une enquête.

Au moins un professeur a été libéré de 50 % de sa tâche durant la session (deux cours), pour se consacrer à la lutte à la radicalisation.

En juin 2015, après la session d'hiver, le collège a annoncé la fermeture de La Source, le lieu d'intériorité et de gestion du stress, le 15 juin. La Source avait été mise sur pied en août 2012 à la suite d'efforts des étudiants du collège qui désiraient un espace calme pour s'intérioriser et gérer leur stress. Plus de 250 personnes avaient signé une pétition pour obtenir cet endroit.

Des affiches ont été installées au collège sur des portes à l'entrée de certains escaliers indiquant : « Les escaliers et les corridors sont des lieux de circulation – il est donc interdit de s'y rassembler ».

Ce qui caractérise les mesures dites de « prévention de la radicalisation » des jeunes est l'absence totale d'une définition et d'une identification des causes de ce qu'on appelle la radicalisation et de la nature du terrorisme dans le monde aujourd'hui. On continue d'associer le terrorisme à des croyances religieuses, en particulier à l'Islam. Entre autres, les guerres d'agression pour forcer des changements de régime dans certains pays que les États-Unis déclarent « non coopérants » ne sont pas considérées comme une source de violence et un exemple d'extrémisme. Plutôt, toute l'attention est mise sur l'individu, et en particulier les jeunes, qu'on tente par ailleurs de recruter pour la guerre d'agression et le terrorisme d'État. Le terrorisme d'État comprend aussi la méfiance de l'autre, l'incitation à épier son voisin et la privation du droit de conscience qui inclut la chasse aux « idéologies ».

On se rappellera que durant l'hiver et le printemps derniers, c'est précisément au moment où le gouvernement va-t-en-guerre de Stephen Harper cherchait à justifier l'expansion et l'extension de la mission de combat en Irak et en Syrie qu'au Québec, les médias, le gouvernement Couillard et le maire de Montréal ont soulevé toute une hystérie à propos d'étudiants qui « se radicalisent » et sont recrutés pour le djihad en Syrie. Les médias ont parlé d'une « pépinière de jeunes djihadistes » au cégep de Maisonneuve, d'où ce programme de « lutte à la radicalisation ».

La radicalisation

Le collège de Maisonneuve travaille en collaboration avec le « Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence » (CPRMV) que la ville de Montréal a mis sur pied en mars 2015 à l'initiative du maire Denis Coderre. Le centre vient aussi d'inaugurer un site web (info-radical.org) où les étudiants et les citoyens en général sont invités à épier leurs voisins et à « signaler toute situation à risque impliquant une personne radicalisée ou en voie de l'être ».

Selon le centre : « Il n'existe pas de définition universelle sur le phénomène de la radicalisation menant à la violence. Le CPRMV le définit toutefois comme étant un processus selon lequel des personnes adoptent un système de croyances extrêmes - comprenant la volonté d'utiliser, d'encourager ou de faciliter la violence - en vue de faire triompher une idéologie, un projet politique ou une cause comme moyen de transformation sociale ».

Ainsi, la radicalisation violente serait :

« L'adoption d'une idéologie dont la logique devient un véritable cadre de vie, d'action et de signification pour un individu ;

« La croyance dans l'utilisation des moyens violents pour faire entendre une cause ;

« La fusion entre l'idéologie et l'action violente. »


Tableau tiré du site du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Cliquer sur l'image pour agrandir.

Cette définition vise de toute évidence les communautés musulmanes et plusieurs communautés d'immigrants, particulièrement les jeunes, mais l'obsession islamophobe de ce programme est telle qu'on ne s'est pas rendu compte que cette définition s'applique en fait aux élus et aux gouvernements. Elle s'applique en effet à ceux qui font campagne pour et collaborent avec les guerres d'agression et de domination des grandes puissances au nom du changement de régime et de la démocratie. Ils appuient le fanatisme et l'extrémisme des guerres d'agression et d'occupation, mais veulent détourner la colère des jeunes qui s'opposent à l'usage de la force dans le règlement des conflits en les amenant à se méfier de certaines communautés qui sont stéréotypées. On n'a qu'à penser à ce Canadien tué récemment en Syrie alors qu'il combattait comme mercenaire au service de la politique de guerre et d'agression dans la région. Le gouvernement canadien et les médias en ont fait un héros national quand son corps a été retourné au Canada. On drape de grands idéaux la guerre d'agression et de subversion des États-Unis, mais en soumettant les communautés musulmanes et arabes à une méfiance généralisée et injustifiée, on tente en fait de rendre illégitime tout sentiment favorable à ceux qui résistent et défendent leur souveraineté.

Dans ce sens, l'introduction sournoise des pouvoirs policiers au sein des communautés étudiantes sous prétexte de « lutte à la radicalisation » avec des définitions aussi biaisées est une atteinte au droit de conscience. C'est aussi un aveu de la crise des institutions dites démocratiques au Québec, au Canada et ailleurs qui ne permettent pas au citoyen d'être au centre de la solution des problèmes qui le concernent et qui concernent la société dans laquelle il vit. C'est également une façon de cibler des communautés spécifiques, de s'attaquer aux musulmans et d'empêcher toute discussion publique sur la situation politique.

Cela ne doit pas passer !

Tableau tiré d'une vidéo faisant partie de la «Trousse de renseignement sur l'extrémisme violent » préparée à l'intention des parents par le département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal. Selon ces critères, la plupart des gouvernements néolibéraux, ceux de Harper, Charest ou Couillard, ont depuis longtemps succombé à la « radicalisation violente »: intransigeance, distance par rapport à un groupe (les travailleurs du secteur public, par exemple), obsession pour une cause (« déficit zéro ») et médias violents (lois spéciales, police anti-émeute).



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