Volume 3 Numéro 71  - 3 décembre 2015

La baisse des investissements miniers

Les ressources doivent être retirées du contrôle des monopoles mondiaux si l'on veut une économie indépendante et stable qui suffit à ses besoins

Le Québec est doté de vastes ressources minérales qui sont un atout précieux pour la construction d'une économie souveraine intégrée qui satisfait aux besoins du peuple. Cet atout ne peut pas être déployé à sa capacité parce que les ressources et le développement minier sont entre les mains de monopoles privés internationaux qui imposent au développement minier le cadre très étroit de leur quête de profit privé et de domination. Cela mène inévitablement à la crise comme on le voit une nouvelle fois en ce moment avec la baisse des investissements et les fermetures. La question se pose avec toujours plus d'acuité : quel développement minier ? Pour qui ? Et décidé et contrôlé par qui ?

Dans son édition du 17 novembre, l'Institut de la statistique du Québec a publié les toutes dernières statistiques du secteur minier. On y apprend que les investissements miniers ont reculé de 35 % au Québec en 2014 et que cette tendance « n'est pas prête à s'inverser ». Les investissements miniers se sont établis à 3 milliards $ en 2014.

Selon l'Institut, l'explication de cette situation est « le repli du prix de plusieurs métaux et l'accès de plus en plus difficile au capital ». Pour 2015, les investissements des sociétés minières seront de 2,7 milliards $, une baisse de 8,2 %.

En 2014, 95,9 % des investissements miniers totaux ont été faits dans les régions de l'Abitibi-Témiscamingue et de la Côte-Nord. Dans le contexte de l'effondrement du prix du minerai de fer, la Côte-Nord a été durement touchée par une chute des investissement de 59,3 %. La minière Cliffs Natural Resources y a mis fin aux activités de la mine du lac Bloom près de Fermont, ce qui a causé une perte de 600 emplois.

Pour l'ensemble du Québec, ce sont les investissements dans l'aménagement des complexes miniers qui ont présenté le recul le plus important, soit 36 % de 2013 à 2014.

Durant cette période il y avait au Québec 25 mines en activité que le ministre des Mines Luc Blanchette qualifie de solides et compétitives.

Les redevances minières

À la mi-octobre, le gouvernement du Québec déclarait avoir perçu en 2014-2015 « deux fois plus de redevances minières que pour l'année 2013-2014 », ce qui était en deça de ce qui avait été prévu. Les redevances ont été de 99,4 millions $, alors qu'elles s'élevaient à 43,7 millions $ en 2013-2014. Selon le gouvernement, la raison de la hausse serait l'entrée en vigueur en janvier 2014, « d'un impôt minier minimum pour les entreprises minières productrices, l'augmentation de la production, les gains d'efficacité réalisés dans les mines et un taux de change favorable ». Le budget de juin 2014 projetait des redevances de 139 millions $ pour 2014. Le gouvernement prétend qu'en fin de compte l'objectif a été atteint mais pour arriver à ce chiffre il doit ajouter les redevances sur les substances minérales de surface et les revenus provenant des titres miniers et des permis, ce qui ne se faisait pas auparavant dans ce calcul.

La valeur des expéditions minières du Québec a été de 8,75 milliards $ en 2014, une augmentation de 8.1 % par rapport à 2013. « Les augmentations les plus importantes ont été dans l'or, le nickel et le cuivre ». C'est l'augmentation de la production qui a permis de contrer le recul des cours des métaux.

Pour 2015-2016, Québec prévoit que l'impôt et les droits miniers totaliseront 125 millions $, soit environ 11 % de toutes les redevances provenant des ressources naturelles.

Quelle est la signification de ces données et quelle est la voie vers l'avenir ?

L'Institut de la statistique du Québec et plusieurs analystes du secteur minier présentent les éléments suivants pour expliquer et justifier le climat morose de notre industrie minière. Ils nous parlent de la difficulté des entreprises minières (surtout des juniors) à trouver du financement, de la faiblesse de la demande sur les marchés, de la surproduction causée par les majeures. On peut y ajouter selon les analystes la spéculation, la manipulation des marchés, le stockage du minerai et le ralentissement de l'économie chinoise.

Dans toute cette énumération il n'y a pas un seul de ces facteurs que l'on peut qualifier « d'Act of God », de quelque chose contre lequel on ne peut rien faire. Tous ces éléments sont dûs à l'activité humaine, à des décisions prises par des hommes dans leurs intérêts privés. Ce ne sont pas des phénomènes naturels comme les ouragans, les tremblements de terre ou les raz-de-marée.

Par exemple, en ce qui concerne la baisse des prix du fer, il est connu que les grandes minières comme Rio Tinto, BHP Billiton et Vale inondent les marchés du minerai de fer alors qu'ils sont déjà en état de surproduction. La baisse des prix leur sert à éliminer des concurrents sur le marché mondial et surtout sur celui de la Chine. Puis, ils disent ne pouvoir fonctionner avec de tels prix et ce sont les travailleurs et les régions minières qui en font les frais.

Avec des redevances de 99,4 millions $ sur des expéditions de 8,75 milliards $, le Québec continue de brader les ressources naturelles minières aux oligopoles de ce monde. On se fait prendre nos richesses en échange de quelques milliers d'emplois qui peuvent disparaître au bon vouloir des monopoles. Alors que l'on devrait en avoir le contrôle et décider de leur niveau d'exploitation et de leur utilisation. Qu'on doit créer une économie intégrée où l'extraction des ressources stimule le secteur manufacturier et la création de communautés fortes dotées de programmes sociaux, de services publics et d'infrastructure au lieu d'être laissées en plan et même fermées selon les décisions prises par les monopoles.

L'argument du manque de capitaux ne tient pas la route lui non plus. Le plus important, c'est le capital humain à mettre en action. Le manque de capitaux pour les entreprises d'exploration minière ne concerne que les juniors. Les majeures n'ont pas ce type de problème puisqu'elles réduisent leurs dettes à coup de milliards de $, annuellement, sur le dos des travailleurs et des régions minières.

Les données sur la baisse des investissements miniers nous montrent une fois de plus l'importance d'un projet d'édification nationale et de changer la direction de l'économie du Québec. Le secteur minier est dominé par des monopoles et oligopoles privés qui organisent l'extraction des ressources pour servir leurs propres intérêts privés très étroits dans lesquels le bien-être des travailleurs, des Premières Nations et des régions minières n'a pas de place. Le secteur des mines au Québec doit être transformé et mis au service de la satisfaction des besoins du peuple et de l'économie. C'est le facteur humain qu'il faut mettre en jeu, qui travaille à un projet qui nous appartient et que nous élaborons nous-mêmes, plutôt que d'être à la merci des monopoles miniers et de leurs aventures dans le monde.

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