Volume 3 Numéro 73  - 6 décembre 2015

26e anniversaire de la tragédie de la Polytechnique le 6 décembre

12 jours d'action pour mettre
fin à la violence contre les femmes

Le 6 décembre sera le 26e anniversaire de la tuerie de l'École polytechnique, un des événements les plus tragiques qui a frappé la société québécoise et canadienne. Le 6 décembre 1989, un individu ouvrait le feu sur vingt-huit personnes, tuant quatorze femmes et blessant dix femmes et quatre hommes, avant de se suicider. Au moins quatre personnes se sont suicidées à la suite de ce drame. À l'occasion de ce triste anniversaire, des célébrations, assemblées et vigiles se tiennent partout au Québec à la mémoire de ces jeunes femmes qui ont perdu la vie pour avoir existé en tant que femme. Elles ont lieu à Nicolet, Mont-Joli, Matane, Lac-Mégantic, Lachute, Montréal, Gatineau, Québec et d'autres villes du 25 novembre au 6 décembre dans le cadre de la Campagne 12 jours d'action pour l'élimination des violences envers les femmes.

Le 25 novembre correspond à la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes et le 6 décembre à la Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Le comité des 12 jours d'action qui a organisé la Campagne a fixé trois objectifs pour 2015 : faire le constat de la situation des femmes dans la province et au pays ; montrer que l'égalité de fait n'est toujours pas une réalité et que la lutte doit se poursuivre et commémorer la mémoire des victimes de Polytechnique. Le comité soulignera spécifiquement la lutte des femmes autochtones : « Cette année, en plus de commémorer les 14 victimes, le comité a souhaité souligner les luttes et la résilience des femmes autochtones. Les femmes autochtones sont ciblées à la fois en tant que femmes et en tant qu'autochtones. Cette violence sexiste et colonialiste trouve ses racines dans les inégalités qui persistent entre les femmes et les hommes et entre les peuples. »

Les femmes poursuivent ainsi avec fidélité et détermination la lutte pour mettre fin à la violence contre les femmes. C'est leur réponse à la tragédie de Polytechnique et aux autres qui se multiplient aujourd'hui dans un contexte de violence des programmes d'austérité, de guerres et d'agressions que mènent les gouvernements et les grandes puissances pour des intérêts étroits contre les peuples. Les femmes se tiennent aux premières lignes pour la création d'une société humanisée. La violence et le chaos de plus en plus répandus dans le monde d'aujourd'hui sont l'expression du blocage de la société dans sa fonction première de répondre aux besoins de ses membres et de créer les conditions nécessaires à leur épanouissement.

Pour connaître les activités : Facebook

   
Hommage aux victimes de Polytechnique

Commémorations du 6 décembre pour exiger la fin
de la violence envers les femmes

  
Montréal: À midi, vigile à la Place-du-6-décembre-1989
(coin Côte-des-Neiges et Queen Mary)
  
 Gatineau:  À midi, vigile devant le monument Jeanine Boisseneault au Parc Mémoire d'Elles (situé au coin Gréber et Jacques-Cartier à Gatineau)


Le message de Condition féminine Canada est de blâmer les individus pour la violence et le chaos d'une société en contradiction avec les besoins de ses citoyens

En visitant le site de Condition féminine Canada à la veille du 6 décembre, on croirait se retrouver sur le site d'une organisation fanatique tellement l'appel est complètement détachée de la réalité. Ce qu'on y retrouve: une série d'engagements et de prières à réciter pour de bons comportements qui contribueront soi-disant à éliminer la violence contre les femmes.

« Je ne blâmerai pas la victime »; « j'aiderai à construire une collectivité où tous et toutes pourront vivre en sécurité»; « J'enseignerai le respect des femmes à mon fils »; « Je ne fermerai pas les yeux»; « Je n'accepterai pas les propos dégradants envers les femmes»; « Je dénoncerai la violence faite aux femmes »; « J'aiderai à changer les choses en incarnant moi-même le changement dans ma conduite »; « J'enseignerai à mes enfants à avoir du respect pour eux-mêmes et pour les autres»; etc. Le tout se termine par « Et vous ? ».

La ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu, y écrit: « Éliminer la violence faite aux femmes et aux filles n'est pas un but irréaliste, bien que le chemin risque d'être long et ardu. Engagez-vous à faire quelque chose et, ensemble, nous rendrons le Canada plus sûr pour les femmes et les filles. »

On y trouve aussi des « guides » : « 5 gestes à la portée de tout le monde pour arrêter la violence faite aux femmes; Renseignez vos enfants sur la violence faite aux femmes; Élevez des garçons respectueux des femmes; Témoignez de votre engagement dans les réseaux sociaux en transmettant ces faits », etc.

Donc selon la ministre et son gouvernement, tout est une affaire de comportements des individus. L'effronterie est que cette intériorisation dirigée contre les individus, contre les personnes, est proposée par une organisation qui représente le gouvernement. Mais alors qui va prendre la responsabilité pour le climat d'extrême violence et de chaos qui existent dans le monde et dans la société? Aujourd'hui, le refus de l'autorité de répondre aux conditions de la société et le recours primaire à la violence dans le règlement des conflits dans le monde sont la cause première de la violence envers tous les citoyens, et les femmes en particulier, et encore plus les femmes des communautés les plus sujettes à la négation des droits. Comment les questions de comportement peuvent-elles être détachées de la direction antisociale et antinationale au services des intérêts privés?

Ce n'est pas à l'État de dicter aux citoyens leur identité et leur comportement; c'est l'État qui doit être tenu de refléter l'identité et d'agir en conséquence, de réaliser les demandes et garantir les droits de ses citoyens. Cette attitude moralisatrice envers les citoyens cache l'irresponsabilité du gouvernement dans son devoir envers tous ses citoyens, y compris les femmes. Pendant ce temps, tous ses efforts sont consacrés à faire accepter les coupures dans les services, l'usage de la violence dans le règlement des conflits internationaux, à inciter à la méfiance envers l'autre sous prétexte de « lutte contre la radicalisation» et de «sécurité contre le terrorisme » et aujourd'hui à suggérer que le problème envers la violence contre les femmes vient de mauvais comportements.

La lutte contre la violence à l'endroit des femmes

D'autre part, la lutte et les demandes des milliers de femmes et d'organisations de défense de droits, de lutte contre la violence, les maisons d'hébergement au Québec et au Canada sont tout simplement écartées, évacuées. Le 27 novembre, la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes du Québec informait la population du fait que plus de 10 000 femmes ont été refusées dans une maison d'hébergement en 2014-2015, faute de place. « Et cette statistique est sans doute beaucoup trop conservatrice, puisqu'elle provient de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, qui représente 34 des 109 maisons du Québec. La réalité pourrait donc être le triple », indiquait-elle.

Les données publiées le mois dernier par le Centre Canadien des Statistiques Judiciaires dans un rapport sur la Victimisation Criminelle au Canada révèle que le seul crime qui n'a pas diminué au Canada est celui de la violence sexuelle. En outre, il souligne que les femmes, particulièrement les femmes autochtones, les femmes en situation de handicap, les femmes itinérantes, et les femmes ayant vécu des abus dans leur enfance, sont souvent les premières victimes.

Le réseau d'action pour femmes handicapées du Canada indiquait en septembre 2015 que les femmes en situation de handicap et les femmes sourdes, selon le cadre d'analyse inter-sectionnelle et leurs différentes positions identitaires, sont le plus large groupe minoritaire et le plus défavorisé faisant face au plus haut taux de violence physique, systémique, financière, psychologique et familiale. Le taux de violence vécu par cette minorité est de deux à trois fois plus élevé que celui des femmes n'étant pas en situation de handicap. Le rapport souligne un besoin urgent d'adresser le taux alarmant de femmes en situation de handicap et de femmes sourdes vivant de la violence systémique due au manque de services.

Pas plus tard que le 4 décembre, au Québec, le Comité de coordination de la campagne « Je tiens à ma communauté - je soutiens le communautaire » a publié les résultats d'une enquête menée au cours de l'été sur les situations insoutenables que confrontent les organismes communautaires dont ceux qui prennent soin des femmes violentées. Entre autres, faute de budgets suffisants pour boucler l'année, les groupes sont amenés à fermer durant plusieurs semaines, à mettre à pied du personnel et à annuler des activités.

Ainsi, cent soixante-dix groupes ont témoigné avoir vécu une ou plusieurs des situations suivantes durant l'été 2015 : fermeture temporaire ou définitive, diminution ou arrêt d'activités, mise à pied temporaires - souvent en combinaison. Ils sont très variés et situés dans toutes les régions, particulièrement des maisons de jeunes, des centres de femmes, des ressources pour personnes handicapées et des groupes d'entraide.

Pour les milliers de femmes et leurs organisations, l'ordre du jour demeure la lutte pour l'élimination de la violence contre les femmes et pour une autorité publique qui prend responsabilité sociale et garantisse les droits de toutes et tous. À cet égard, la litanie libérale ne vise que la déresponsabilisation de l'État face aux besoins des femmes.

PAGE D'ACCUEIL DU PMLQ  |  LES ARCHIVES DE CHANTIER POLITIQUE


Lisez Le chantier politique
Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca