Volume 3 Numéro 76  - 12 décembre 2015

Commémoration du 26e anniversaire de la tragédie de Polytechnique

Réaffirmer la lutte pour éliminer
la violence contre les femmes

Plus de 100 femmes, accompagnées de leurs parents, familles et amis, se sont réunies à la Place du 6-décembre-1989 dans le quartier Côte-des-Neiges à Montréal, à l'occasion du 26e anniversaire de la tuerie de la Polytechnique. Vingt-six ans plus tôt, à cette date, un individu ouvrait le feu, tuant quatorze femmes et blessant dix femmes et quatre hommes, avant de se suicider.

La commémoration publique s'est déroulée avec grande dignité au cours de laquelle il y a eu prises de parole et gestes symboliques pour rendre hommage à ces femmes assassinées de Polytechnique, mais aussi à toutes les femmes qui succombent à la violence contre elles. L'événement a aussi clôturé la campagne de 12 jours d'action pour l'élimination de la violence envers les femmes. « En 2015, les femmes sont toujours victimes de violence parce qu'elles sont des femmes. La violence contre les femmes se perpétue toujours et nous devons agir individuellement et collectivement pour que cela cesse », a dit Carole Benjamin de la Table des groupes de femmes de Montréal. Elle a nommé un par un les noms des quatorze jeunes femmes pour veiller à ce que jamais ces noms ne soient oubliés.

Viviane Michel de Femmes autochtones au Québec (FAQ) et Mélanie Sarazin de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) ont parlé avec beaucoup d'émotion de cette dure réalité des violences qui persistent et détruisent la vie de familles entières. Elles ont procédé à l'échange de roses et d'une tresse de foin d'odeur pour symboliser le lien entre les 14 femmes tuées en 1989 à Polytechnique, parce qu'elles étaient des femmes, et les 1186 femmes autochtones disparues ou assassinées, parce qu'elles sont femmes et parce qu'elles sont autochtones. « En offrant ces roses et en ajoutant cette tresse de foin d'odeur aux 14 rubans blancs, nous avons voulu honorer la mémoire des femmes autochtones disparues et assassinées et symboliser notre engagement à lutter aux côtés des femmes autochtones pour transformer les pratiques, les institutions et les lois colonialistes et sexistes qui favorisent la violence envers elles », a dit Mélanie Sarazin.

« Pour nous, toutes les formes de violence envers les femmes et les filles autochtones, peu importe leur provenance, sont ancrées dans la marginalisation et la discrimination qui découlent de la colonisation. Il n'y a aucun doute que cette violence est de nature systémique puisqu'elle s'opère à travers différentes institutions ; police, médias, systèmes d'éducation et de justice, et dévalorise la vie des femmes autochtones » a dit Viviane Michel, présidente de FAQ.

Chantel Henderson de l'organisation Missing Justice a aussi pris la parole pour parler du travail de cette organisation pour les femmes autochtones disparues. Chantel, membre des Premières Nations Segkeeng et Pinyamootang du Manitoba, a appelé à poursuivre la lutte pour que justice soit faite pour les près de 1200 femmes autochtones disparues au assassinées au Canada entre 1980 et 2012 et depuis.

Il y a deux témoignages, dont celui des parents de Sindy Ruperthouse âgée de 44 ans, qui a disparu depuis maintenant 18 mois. Ils ont témoigné leur douleur, le bouleversement de leur vie et exigé que justice soit faite. Cette famille avait aussi pris la parole lors de la conférence de presse tenue à Val d'Or en octobre sur les révélations d'abus sexuels commis par des policiers de la SQ à l'endroit des femmes autochtones.

« La violence et les abus de toutes sortes contre les femmes viennent du fait que la société est bloquée dans son développement », a dit Christine Dandenault, dirigeante du PMLQ, présente au rassemblement. « Cette violence devient la solution dans le contexte qu'on connaît de l’insécurité croissante, du manque d’emplois et de possibilités d’avenir pour toutes et tous et des bouleversements à l’échelle mondiale où règnent le chaos et l’anarchie. La preuve en est que loin de diminuer, la violence et les abus contre les femmes et jeunes filles augmentent. La société a un besoin urgent de renouveau. »

Le groupe Odaya a interprété avec coeur deux chants autochtones traitant des violences commises contre les femmes et donnant de l'espoir. Pour clôturer la cérémonie, 14 femmes ont été invitées à aller porter une rose blanche sur chacune des quatorze tertres portant le nom des victimes. Ces tertres, aménagés en 1999 sont surmontés d'une bande de granit noir formant ensemble un monument appelé Nef pour quatorze reines.

Annonce de la tenue d'une commission d'enquête
sur les femmes autochtones disparues ou assassinées

Deux jours après la commémoration, le 8 décembre, le gouvernement Trudeau a annoncé la tenue d'une commission d'enquête sur l'assassinat et la disparition des femmes et jeunes filles autochtones au pays.

Comme première phase des travaux de la commission, la ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett, la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould et la ministre de la Condition féminine, Patty Hajdu, ont annoncé qu'elles tiendront des rencontres avec les survivantes, les familles et les proches des victimes ainsi que les représentants des organisations autochtones nationales, des provinces et des territoires dans le but de définir le mandat précis de la commission.

Cette première phase devrait prendre au moins deux mois et permettre de choisir le commissaire qui devra présider la commission, a indiqué la ministre Bennett en conférence de presse. Elle a dit qu'une telle enquête nationale « peut seulement être définie une fois que ceux et celles qui sont directement touchés se seront exprimés ».

Un vaste mouvement de milliers de femmes, d'organisations et de leurs alliés d'un bout à l'autre du pays réclame depuis plus de 10 ans par des manifestations, vigiles, pétitions et déclarations la tenue d'une commission d'enquête. L'esprit de la commémoration du 6 décembre dernier a montré que les femmes ne vont pas permettre que cela devienne une commission comme tant d'autres qui servent à retirer l'initiative aux citoyens et à justifier le maintien du statu quo en blâmant quelques individus.

En ce qui concerne la violence, les abus sexuels, assassinats et disparitions des femmes autochtones au Québec, Femmes autochtones au Québec a par ailleurs annoncé qu'elle lancera officiellement son rapport «Nānīawig Māmawe Nīnawind - Debout et solidaires» sur la question des femmes autochtones disparues ou assassinées au Québec, le 14 décembre à 10 h à Kahnawà:ke.

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