Volume 4 Numéro 3 - 30 janvier 2016

Pour un gouvernement antiguerre: annexion Non, souveraineté Oui!

Exercices d'«entraînement en milieu urbain dans des conditions hivernales» des Forces armées
canadiennes à Laval


Réservistes en action dans le secteur industriel de  Laval lors de l'exercice Quorum nordique (Courrier de Laval)

Quarante-cinq ans après la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre et l'occupation militaire de Québec par le gouvernement Trudeau, 600 réservistes du Groupe-bataillon territorial - Montréal du 34e Groupe-brigade du Canada se sont entraînés du 22 au 24 janvier à Laval afin de venir « en aide aux pouvoirs civils » « à des fins de défense territoriale en cas de crise ». L'exercice qui a pour nom QUORUM NORDIQUE 2016 est « un entraînement en milieu urbain dans des conditions hivernales ».

L'objectif déclaré de l'exercice militaire est la « défense territoriale » mais une question se pose devant une telle description vague et ambiguë : quel territoire est défendu et contre qui ?

Le gouvernement canadien a toujours utilisé « l'intégrité territoriale » comme un bâton juridique et constitutionnel contre le droit à l'autodétermination du peuple et de la nation du Québec même s'il piétine l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Afghanistan, d'Haïti, de l'Irak, de la Syrie, etc. Au nom de « l'intégrité territoriale », il invite les Québécois et les Canadiens à appuyer un régime fasciste à Kiev et les massacres de la population de l'Est de l'Ukraine. La défense de « l'intégrité territoriale » est utilisée comme le credo et la doctrine de la désinformation qui présentent le terrorisme d'État comme l'antiterrorisme, l'annexion militaire comme « l'interopérabilité » et l'intervention militaire comme « la responsabilité de protéger ». À mesure que l'annexion des deux dernières années s'étend aux sphères économique, culturelle et militaire, le gouvernement perd toute crédibilité en répétant sans cesse que l'annexion n'est pas une abdication de la souveraineté parce que c'est le gouvernement qui décide lui-même de vendre le pays. Au lieu d'annexion, ils utilisent les expressions « défense territoriale », « sécurité continentale » et d'autres expressions au goût du jour.

En outre, la loi antiterroriste C-51 du gouvernement Harper déclare « toute activité [...] qui porte atteinte à la souveraineté, la sécurité ou l'intégrité territoriale du Canada ou la vie ou la sécurité de la population du Canada ». L’expression « toute activité » est large. Des experts et activistes ont témoigné lors des audiences parlementaires en 2015 que ce qui était alors un projet de loi ciblait les écologistes ainsi que les travailleurs et les militants politiques qui défendent l'environnement naturel et social. Le C-51 vise également la nation québécoise et son droit à l'autodétermination y compris la sécession ainsi que les peuples autochtones et leurs droits ancestraux.

À la fin de septembre, CBC a fait un reportage à propos d'un « programme d'intégration des forces armées canado-américaines ». Cela inclut des discussions secrètes tenues en 2013 avec le chef d'état-major de la Défense de l’époque, le général Tom Lawson, et celui qui préside l'instance collégiale des chefs d'état-major des États-Unis, le général Martin Dempsey (maintenant à la retraite), « se réunissant à 'plusieurs occasions' pour finaliser un plan qui comprenait l'option 'd'intégrer entièrement les forces armées' ».

Le déploiement de troupes au États-Unis et au Canada n'est pas un arrangement réciproque. Il est difficile de trouver un jour de l'année où les troupes américaines ne mènent pas des exercices au Canada. Les États-Unis transportent des forces canadiennes aux États-Unis pour l'entraînement « à la guerre urbaine, aux combats rapprochés ». Cependant, les troupes et les réservistes canadiens ne s'entraînent pas sur le sol américain le long de la frontière canado-américaine, ni « dans les zones urbaines et semi-urbaines. Ils s’entrainent sur des bases méridionales spécialisées et isolées telles que Fort Benning en Géorgie, siège de la tristement célèbre École des Amériques, à la principale base des US Marines à Camp Lejeune, en Caroline du Nord, et de plus en plus à Fort Pickett, situé près de la ville de Blackstone, en Virginie et le siège du Centre d'entraînement et des manoeuvres de l'armée de la Garde nationale.

Le site Web de Fort Pickett écrit : « Notre objectif est de faire de Fort Pickett 'le centre de formation d'excellence pour la côte Est' ». Il semble que 'la côte Est' se prolonge jusqu'à la côte canadienne de l'Atlantique, i.e., le Québec, les provinces maritimes et Terre-Neuve.


Les soldats canadiens prennent d'assaut les rues de Montréal suite au recours à la Loi sur les mesures de guerre, octobre 1970.

Cela démontre une fois de plus l'intégration réelle des Forces canadiennes par le Pentagone dans le cadre du NORTHCOM américain (Commandement du Nord). Cela donne un nouveau sens et une géographie à la notion et à la pratique de la «défense territoriale dans le cas d'une crise » mises en oeuvre sous les gouvernements conservateurs et libéraux successifs et mises en pratique ce week-end à Laval.

L'exercice QUORUM NORDIQUE 2016 n'est pas un événement isolé, mais le dernier d'une série d'exercices de « guérilla urbaine » mis en scène dans le coeur industriel du Canada. Il est une provocation délibérée contre le peuple et la nation du Québec.

Ces grands exercices de « guérilla urbaine » ne sont pas réalisés pour la défense du Canada, mais pour la défense des intérêts impérialistes de l'union de grands monopoles d'Amérique du Nord que le gouvernement Justin Trudeau représente. Les Québécois et les Canadiens veulent mettre fin à l'intégration du Canada à l'armée américaine et son appareil de sécurité.


Non à la criminalisation des travailleurs

Justice revancharde envers les cols bleus de Montréal

Dans une récente décision émise par la Cour supérieur du Québec, le 14 janvier dernier, la juge Danielle Grenier a exercé une justice revancharde envers les cols bleus de Montréal.

Elle a ordonné au Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal de payer un montant de 2 millions $ en dommages punitifs en lien avec des moyens de pression exercés par le syndicat en 2004. En 2004, le syndicat s’était opposé à la sentence arbitrale imposant une convention collective suite aux fusions municipales. Cette sentence impliquait des changements unilatéraux aux horaires et au mode de répartition du travail qui bouleversaient les conditions de travail des cols bleus et dont la ville ne les avait même pas informés. Dans ses arguments pour imposer une sentence de 2 millions $, elle a déclaré que le montant doit être maintenu au plus haut niveau possible parce que l'assemblée générale des cols bleus du 8 décembre 2015 tenue sur leurs heures de travail, qui elle aussi visait à contrer des actions unilatérales et antiouvrières de la ville de Montréal, aurait démontré que le syndicat des cols bleus reste sourd aux arguments de dissuasion et de prévention.

Elle écrit : « Si les dommages punitifs visent à prévenir la récidive d'un comportement non souhaitable, il faut conclure que le montant de 2 000 000 $ accordé prématurément en 2010 ne semble pas avoir eu pour effet de décourager la répétition d'un comportement semblable - grève illégale - même si les répercussions n'ont pas été les mêmes. Le Tribunal est d'avis qu'un effort délibéré doit être consenti pour contrer avec succès la répétition d'événements déplorables et nuisibles au plan social et, vu sous cet angle, la somme de 2 000 000 $ adjugée par le Tribunal en 2010 semble tout à fait appropriée. » Le syndicat a plaidé qu'ayant à payer environ 600 000 $ en dommages compensatoires (ce qui représente 8 % de son budget total), la fonction de dissuasion et de prévention est déjà accomplie. La juge a rejeté l'argument et statué qu'en plus de payer les 600 000 $ de dommages compensatoires, le syndicat devra payer 2 000 000 $ en dommages punitifs. Ces deux montants additionnés correspondent à environ 35 % du budget total du syndicat.»

On voit ici l'impact du climat politique qui est créé pour attaquer les cols bleus et en faire un exemple de répression et de criminalisation pour toute la classe ouvrière. Cela démontre qu'une fois l'espace de négociation détruit, où les travailleurs peuvent se faire entendre et chercher à avoir gain de cause, seule reste la criminalisation des travailleurs et ce sont les travailleurs eux-mêmes qui se font blâmer pour elle. C'est une attaque contre les travailleurs et la société, pour éliminer l'opposition à l'offensive antisociale destructrice.

À titre d'information: le recours collectif de 2004

Des cols bleus ont refusé de se présenter au travail pendant environ une semaine en décembre 2004. C'était une période de verglas et des résidents de Montréal, qui ont subi des blessures suite à des chutes sur les trottoirs du centre-ville, ont imputé leur chute au conflit de travail et intenté une requête en recours collectif contre le syndicat et la ville pour manquement au déneigement et au déglaçage des trottoirs.

La cour supérieure du Québec a accueilli la requête en recours collectif et condamné le syndicat et la ville en 2010 à payer à part égale des dommages compensatoires aux membres du recours collectif. Elle a en plus condamné le seul syndicat à payer 2 millions $ en dommages punitifs qui sont des dommages, selon le code civil, qui sont payés à des fins de dissuasion, prévention et dénonciation. Leur montant est établi selon divers critères dont les plus importants sont la gravité de la faute et ses conséquences sur ses victimes suivis de la capacité de payer de l'organisation jugée fautive. La juge se réfère à la jurisprudence qui montre que les dommages punitifs se situent habituellement entre 5000 $ et 250 000 $ et ont dans certains cas atteint un million $ ou plus, mais aucun cas n'est cité de dommages punitifs qui aient atteint ou excédé le un million $. Le syndicat et la ville ont fait appel du jugement (la ville contestant les dommages compensatoires qu'elle aurait à payer), mais celui-ci a été maintenu par la cour en 2013, qui a en même temps retardé l'établissement du montant en dommages punitifs réclamés au syndicat jusqu'à ce que la question des montants de dommages compensatoires soit réglée pour l'essentiel.


Fermetures de ressources pour les personnes vulnérables

Seule une vision prosociale de l'économie
peut résoudre les problèmes sociaux

Le 12 janvier 2016, la population du Québec a été informée de la fermeture du centre de désintoxication Mélaric à Saint-André d’Argenteuil, près de Lachute. Le centre, un des plus grands centres de thérapie au Québec et actif depuis 32 ans, a dit ne plus pouvoir offrir les services, aux prises avec des dettes envers les gouvernements provincial et fédéral mais plus spécifiquement appauvri par les coupures aux bénéficiaires de l’aide sociale imposées depuis le 1er mai 2015 par le ministre du Travail d'alors Sam Hamad. Les gens qui séjournent dans ce type de centre ont vu passer leur prestation de 747 $ à 200 $ par mois. Dans ces conditions d’appauvrissement, les administrateurs de Mélaric ne pouvaient plus exiger les 150 $ d’inscription et les 400 $ demandés par mois par personne pour suivre les thérapies.

Conséquemment, 16 travailleurs de la santé ont été mis à pied et les 75 résidents qui y étaient hébergés et suivant une thérapie ont été relocalisés ou mis à la rue. Des jeunes en particulier ont exprimé leurs sentiments d’inquiétude, d’abandon et d’insécurité, à l'idée de devoir retourner en prison ou laissés à eux-mêmes. Une fois dans la rue, ils risquent d'être criminalisés, mais pas le gouvernement.

Cela a provoqué une vive opposition de la population qui n’accepte pas la déresponsabilisation de l’État envers les plus vulnérables. Cette opposition, couplée aux cris d'alarme lancés par une grande partie de ces types de centres au Québec eux aussi menacés de fermeture, a amené le gouvernement Couillard à annoncer le 20 janvier l'octroi d'une aide de 6 millions de dollars aux centres de désintoxication qui, comme Mélaric, ne profitent pas du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC). Mais cette injection d'argent ne garanti pas la réouverture du centre Mélaric, ni la survie à long terme des autres centres dans la même situation. On apprenait de plus le 29 janvier que 4 maisons hébergeant enfants et adultes lourdement handicapés ou souffrant de santé mentale avaient fermé leur porte ces dernières semaines suite aux changements apportés par le gouvernement dans leur financement. On estime que 170 de ces types de ressources auront le même sort l'an prochain.

Pour la population du Québec et les personnes vulnérables, cela signifie que le programme d'austérité antisociale de Couillard vise à rendre légitime et légal l'abandon de toute responsabilité qu'a une société vis-à-vis le bien-être de ses membres. La dépendance à l'alcool ou aux drogues, les handicaps physiqus et mentaux sont des réalités sociales auxquelles il faut répondre par des programmes sociaux permettant à la personne d'exprimer son humanité et de contribuer à la société. À une autorité qui considère que l'économie doit être orientée pour servir les intérêts privés, il faut opposer l'alternative d'une autorité défendant le droit public au diapason avec la conscience sociale qu'a le peuple du Québec de la valeur des programmes sociaux et des services publics. La mise sur pied d'institutions pour garantir leur production, leur prestation et leur réalisation sociale font partie du projet d'édification nationale des travailleurs et de l'ensemble des collectifs au Québec.

La logique que l’être humain coûte cher et que son coût est mesuré sous le prisme du programme d’austérité doit être rejetée avec le plus grand mépris. Une société moderne a la responsabilité de garantir les droits de tous. Le droit à la sécurité et à un toit en fait partie intégrante. Cela fait partie de ce dont un être humain a besoin pour vivre et exercer son humanité. C’est cette conception qui doit primer pour ouvrir la voie au progrès.

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