13 février 2016

Numéro 5



14 février
Fin à l'injustice coloniale!
7e marche à Montréal
en mémoire des femmes disparues
ou assassinées
15 h
   
Métro Saint-Laurent
(coin De Maisonneuve et Saint-Laurent)


Les réfugiés syriens

Les « efforts humanitaires » du gouvernement Couillard envers les réfugiés syriens -- le discours et les faits



Les réfugiés syriens
Les « efforts humanitaires » du gouvernement Couillard
envers les réfugiés syriens -- le discours et les faits

- Diane Johnston -

Forum sur l'accueil des réfugiés syriens au Canada

Rassemblement contre l'islamophobie à Montréal
Les jeunes et leurs alliés disent NON aux attaques racistes contre les communautés !



Les réfugiés syriens

Les « efforts humanitaires » du gouvernement Couillard envers les réfugiés syriens -- le discours et les faits

Comment expliquer le changement de ton du gouvernement Couillard durant l'année qui vient de s'écouler, en ce qui a trait aux minorités nationales au Québec ? Le début de l'année 2015 a vu le gouvernement Couillard présenter à l'Assemblée nationale le projet de loi 59 Loi édictant la Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes pour contrer ce qu'il a qualifié de « la montée » du « radicalisme et des valeurs extrémistes » au sein des communautés musulmanes, les comparant au terrorisme. Les prétextes pour présenter ce projet de loi ont été les événements tragiques d'octobre 2014 à St-Jean-sur-le-Richelieu et Ottawa, lorsque 2 membres des forces armées canadiennes ont été tués par deux jeunes totalement marginalisés. Le projet de loi n'a pas encore obtenu la sanction royale du gouverneur général. Il  a été adopté en principe par les députés de l'Assemblée nationale. Il est actuellement à l'étude par la Commission des institutions.

En même temps que son gouvernement participait à créer une hystérie contre les gens de confession musulmane, le premier ministre Couillard ne s'est pas gêné pour qualifier le reste de la population du Québec de xénophobe, lorsqu'il a déclaré le 16 novembre dernier qu'« il ne faut pas nier qu'on a chez nous les mêmes démons [que ceux] que les autres sociétés démocratiques connaissent, dont la peur de l'autre, dont la tentation facile du rejet de l'étranger, dont la xénophobie ».

Puis arrive le cas à la fin de l'été 2015 du bambin de 3 ans, Alan Kurdi, un parmi les millions des réfugiés syriens forcés de quitter leur pays, qui est retrouvé noyé sur une plage en Turquie. Alors que les Canadiens sont émus devant cette tragédie humanitaire et que le gouvernement canadien refuse de mettre fin à son intervention militaire en Syrie du côté des États-Unis, le gouvernement Couillard change son fusil d'épaule. D'une situation où le gouvernement du Québec a accueilli de moins en moins de réfugiés durant la décennie 2004 à 2013 (voir graphique 15), on passe à un tout nouveau mode d'accueil « à bras ouverts » des réfugiés.

Ainsi, le 7 septembre, la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, annonce en entrevue à TVA que le Québec est prêt à accueillir davantage de réfugiés syriens et que les Québécois sont prêts à aider en parrainant des réfugiés ou en faisant des dons à des organismes de parrainage, soulignant que le Québec accueille déjà 60 % de toutes les demandes canadiennes en matière de réfugiés même si la population du Québec ne représente que 23 % de la population canadienne. Elle et le gouvernement dont elle fait partie se sont découvert un nouvel élan « humanitaire ».

Le 30 novembre, la même ministre annonce qu'elle va participer au forum sur les réfugiés syriens qui est organisé le lendemain par le gouverneur général du Canada (voir l'article ci-joint, Forum sur l'accueil des réfugiés syriens au Canada). L'ordre du jour et la liste des invités provenant des grands monopoles privés dont le président directeur général du Conseil canadien des viandes et le Conseil canadien des chefs d'entreprises en dit long sur les prétentions des gouvernements de s'élever au même niveau des sentiments altruistes des Québécois et Canadiens qui veulent faire leur part pour soulager les souffrances du peuple syrien. Ce qui préoccupe autant le gouvernement fédéral que les gouvernements des provinces et du Québec est de comment canaliser ce juste sentiment du peuple pour servir leurs propres desseins.

Ainsi le 8 décembre, soit exactement une semaine après la tenue de ce forum, la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, tient avec le ministre du Travail, Sam Hamad, une rencontre avec des représentants de la Fédération des chambres de commerce du Québec, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, des Manufacturiers et exportateurs du Québec et du Conseil du patronat du Québec, auxquels elle demande que les employeurs viennent « en aide » aux réfugiés, ce à quoi Yves-Thomas Dorval du Conseil du patronat du Québec répond « Nous avons une occasion extraordinaire d'offrir à ces gens une nouvelle vie sur une base humanitaire, alors qu'en tant qu'employeurs nous ne devrions pas être timides pour accéder à cette main-d'oeuvre. C'est une situation gagnante pour tous et aussi pour toute la société. »

On apprend que durant cette rencontre les employeurs vont pouvoir accéder au programme PRIIME (Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles à l'emploi) et recevoir jusqu'à concurrence de 15 000 $ pour chaque réfugié syrien embauché.

Visiblement le gouvernement Couillard chante un nouveau refrain afin de s'adresser aux difficultés qui confrontent les employeurs en ce qui a trait, entre autres, aux changements apportés par le gouvernement Harper face au Programme des travailleurs étrangers temporaires. Ces travailleurs sont forcés de retourner chez eux après plusieurs années à travailler ici s'ils sont incapables d'obtenir le statut de résident permanent au Canada. Les employeurs qui misaient sur cette main-d'oeuvre docile qui est privée par la loi de ses droits à négocier une convention collective et menacée de déportation si elle tente de s'organiser, sont à la recherche d'une solution et une qui serait permanente. L'arrivée massive des réfugiés syriens est une manne d'or pour ces grands monopoles qui peuvent tirer avantage de cette main-d'oeuvre permanente à bon marché. Ce qui est important pour eux est de mettre en place par le biais de l'État des nouveaux arrangements qui vont leur permettre d'y arriver.

On est en droit de se demander si ce nouveau penchant « humanitaire » est conçu pour venir en aide aux réfugiés syriens sur la base qu'ils sont des êtres humains et de par ce fait qu'ils ont des droits inhérents. Cela veut dire qu'ils possèdent des droits humains fondamentaux tels que le droit à un moyen de subsistance qui est conforme au niveau d'une société moderne. Mais ce qui est plus significatif est leur droit à la liberté de conscience ainsi que le droit d'association, qui leur permettent d'exprimer leur humanité et faire leur contribution à la société dans laquelle ils vivent et de laquelle ils dépendent.

(Sources : Recueil de statistiques sur l'immigration et la diversité au Québec, Consultation publique 2015, vers une nouvelle politique québécoise en matière d'immigration, de diversité et d'inclusion, Gouvernement du Québec, Québec, 58 pages.)

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Forum sur l'accueil des réfugiés syriens au Canada

Le 1er décembre, le gouverneur général David Johnston et son épouse ont organisé un forum de 4 heures à Rideau Hall intitulé l'accueil des réfugiés syriens au Canada.

Les panélistes et conférenciers ont été John McCallum, ministre canadien de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté ; Michael Chan, ministre des Affaires civiques, de l'Immigration et du Commerce international de l'Ontario et coprésident provincial du Forum fédéral, provincial et territorial des ministres responsables de l'immigration ; Kathleen Weil, ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du Québec ; Mike Savage, maire de la Ville de Halifax et co-président du Groupe de travail sur la réinstallation des réfugiés syriens de la Fédération canadienne des municipalités ; Conrad Sauvé, président et chef de la direction, Croix-Rouge canadienne ; Perrin Beatty, président et chef de la direction, Chambre de commerce du Canada ; Jim Laws, directeur général, Conseil des viandes du Canada ; Susan Scotti, vice-président, Conseil canadien des chefs d'entreprise.

Dans ses remarques préliminaires, le gouverneur général a rappelé que la réponse du Canada à la crise des réfugiés syriens est une occasion « d'évaluer l'ampleur de notre engagement envers la diversité, l'inclusion et la tolérance » et « un moment décisif pour chacun de nous ». Il a également dit que c'est un moment « de réaffirmer les valeurs fondamentales des Canadiens » et « une occasion de réinventer la façon de prendre soin des personnes les plus marginalisées et vulnérables parmi nous ».

Le programme du forum a été divisé en 3 parties :

- Mobiliser le secteur public

- Mobiliser les communautés et les Canadiens

- Mobiliser le secteur privé

Le ministre canadien de l'Immigration, John McCallum, a parlé du projet national d'accueil des réfugiés syriens au Canada comme d'« un projet national » qui n'est pas « partisan », et a dit que le plus grand défi est de communiquer efficacement avec les Canadiens et les garder « de notre bord ». À son avis, l'un des défis actuels est de rassurer les Canadiens sur le front de la sécurité.

Toutefois, reconnaissant que de nombreux Canadiens ont eux-mêmes de la difficulté à se trouver un emploi et sont sur des listes d'attente pour les logements sociaux, il a soulevé l'inquiétude quant à la possibilité d'un « retour du pendule » contre les réfugiés s'ils sont considérés comme étant « choyés » ... « nous ne voulons pas que les Canadiens pensent que nous donnons tout aux réfugiés et que nous ne répondons pas aux besoins de notre propre peuple ».

« Nous devons profiter de cette occasion [...] pour faire en sorte que, sur une base continue, le Canada soit prêt à réagir aux nombreuses crises qui se produisent ... à travers le monde. », a déclaré le maire de Halifax Mike Savage, suggérant que la réponse du Canada pourrait être utilisée comme un modèle sur la façon de faire face aux futures situations humanitaires.

La ministre de l'Immigration du Québec Kathleen Weil a noté que de nombreuses chambres de commerce se sont jointes au secteur privé pour « faire leur juste part, jouer leur rôle ». Elle a parlé de l'importance que les réfugiés travaillent à s'intégrer aux communautés. Elle a également parlé des plans de son gouvernement pour mettre de l'avant une politique d'inclusion « à cause des immigrants et de l'immigration de plus en plus diversifiée ».

Conrad Sauvé de la Croix-Rouge canadienne a présenté son organisation qui est appuyée par 20 000 bénévoles et quelque 3000 employés permanents. La Croix-Rouge a de l'expérience dans ce genre d'efforts, ayant aidé à loger les réfugiés sur des bases militaires et à gérer des évacuations comme en ex-Yougoslavie, aux côtés du gouvernement du Québec avec l'arrivée des Libanais en 2006. Dans la situation présente, elle sera impliquée dans la mise sur pied de logements temporaires et travaillera avec les organismes communautaires locaux où il y a des lacunes à combler. Sauvé a dit qu'il faut trouver une solution mondiale à la cause des réfugiés, qu'il a présentée comme étant le conflit-même.

Jim Laws du Conseil des viandes du Canada a présenté son organisation comme la plus grande industrie de transformation au Canada avec des ventes de plus de 24 milliards $ et des exportations de plus de 5,6 milliards $ en 2014. Le secteur emploie plus de 65 000 travailleurs dans les communautés rurales et urbaines partout au pays avec quelque 700 entrepôts et usines de transformation de la viande. Il a noté que l'industrie a une pénurie chronique de main-d'oeuvre, en disant : « Pas assez de Canadiens sont prêts à accepter des offres d'emploi pour des postes vacants situés souvent dans des localités plus petites, plus éloignées et rurales. » Dans le passé, l'industrie avait bénéficié de l'accès au Programme des travailleurs étrangers temporaires, mais ces travailleurs sont contraints de rentrer chez eux après quelques années s'ils ne réussissent pas à obtenir une demande de résidence permanente au Canada. « L'industrie veut des travailleurs permanents et non temporaires », a déclaré Laws, appelant le gouvernement fédéral et les provinces à encourager la réinstallation des réfugiés dans les petites villes et communautés rurales où le travail est le plus nécessaire, comme l'Ouest canadien, l'Ontario, le Québec et les provinces de l'Atlantique.

Enfin, Susan Scotti du Conseil canadien des chefs d'entreprise, qui regroupe 150 des plus grands p.d.g. du Canada, a parlé de bailleurs de fonds philanthropiques, d'un énorme bassin de bénévoles existant et d'un grand nombre d'emplois. Elle a parlé de la façon dont les entreprises membres du Conseil sont impliquées dans le soutien à la réinstallation des réfugiés par des contributions charitables, la fourniture d'installations à des fins de logement social et la coordination avec les fournisseurs de services sociaux, en offrant des plates-formes wi-fi pour les centres de réception et de réinstallation des réfugiés, et des forfaits de base wi-fi et internet, en partenariat avec la Croix-Rouge. Elle a également parlé de la façon dont l'enthousiasme des bénévoles est palpable dans les organisations et la façon dont le conseil aide à la recherche d'emploi, au  mentorat et à l'orientation au sein des communautés, de la façon dont l'effort bénévole peut être reproduit à travers le pays ainsi qu'à l'étranger avec des offres d'emplois possibles, en particulier dans les provinces de l'Atlantique et de la Saskatchewan. Elle a déclaré que le Conseil a à peine commencé à entendre ses entreprises membres et que le besoin est de savoir où les réfugiés vont être installés à travers le pays ainsi que le profil familial des réfugiés dont leurs compétences, la composition de leurs familles et leur expérience de travail afin que les investissements soient adaptés aux interventions.

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Rassemblement contre l'islamophobie à Montréal

Les jeunes et leurs alliés disent NON aux attaques
racistes contre les communautés !

Le samedi 6 février, plus de 100 antiracistes et antifascistes se sont rassemblées au métro Jarry situé dans le quartier Villeray, à l'appel de l'organisation Personne n'est illégal. Le groupe obscur Pegida-Québec, relié au groupe raciste allemand Pegida avait annoncé la tenue d'un rassemblement à 15 h près du métro et obtenu la permission de la Ville de Montréal de le faire. Les manifestants, en grande majorité des jeunes bien décidés à empêcher cet événement d'avoir lieu, sont arrivés dès 13 h pour préparer leur action. Vers 13 h 45, le groupe a marché en va-et-vient, sur la rue Jarry, du métro jusqu'au présumé lieu de rassemblement, quelques rues plus loin. « Bienvenue aux réfugiés, non aux racistes ! Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos !, Alerte, alerte, non aux fascistes! », ont-ils crié sur leur trajet, tout en informant les gens sur la rue.

« Il n'est pas question de permettre à des groupes racistes de s'organiser pour promouvoir leur discours raciste et islamophobe contre les communautés. La défense des droits de tous dans cette société est primordiale car tous ont des droits du fait de leur humanité. L'approche qu'il y a nous et eux, les civilisés et les non civilisés, les de souche et les autres, promue par les riches et leur État, est une vieille notion raciste jusqu'à la moelle des bâtisseurs d'empire du XIXe siècle pour nous ramener en arrière. Cela ne doit pas passer », a-dit Christine Dandenault, dirigeante du PMLQ, qui avait un contingent à la manifestation.

La police a utilisé cet événement pour en faire un vaste exercice de déploiement des forces policières, dont l'anti-émeute, présentes en différents groupes à pied ou au pas de course, à bicyclette, faisant des manoeuvres de déplacement bien avant que les racistes osent se pointer le nez. On pouvait voir sur les rues environnantes des fourgonnettes, le camion qui utilise des drones pour filmer les manifestants et des voitures de police, tous déplacés sur les lieux pour protéger les racistes. Lorsqu'un d'entre eux s'est pointé, c'est la police qui l'a encerclé pour le protéger. Mais les jeunes ont bien agi en chahutant et en huant. Ils n'ont pas permis aux racistes de s'organiser et d'investir l'espace public.

La Ville de Montréal et ses porte-paroles ont autorisé l'émission d'un permis de manifester au groupe raciste qui promeut un discours raciste contre les communautés et les réfugiés. Le maire Coderre est bien hypocrite sur cette affaire. Il fait la promotion de son Centre de la prévention contre la radicalisation menant à la violence, un centre qui vise clairement les communautés musulmanes et plusieurs communautés d'immigrants, particulièrement les jeunes, mais n'a pas de problème avec le groupe Pegida. Il a fait de grandes déclarations contre un iman de l'Est de la ville au printemps 2015 n'acceptant pas ses propos, « Jamais dans ma ville », mais pas de problème avec un groupe raciste qui s'inspire des néonazis promus en Europe contre le danger de l'« islam » et qui s'oppose aux réfugiés.

C'était la troisième tentative du groupe raciste de se réunir sur la place publique pour faire entente ses propos racistes envers les communautés du Québec, en particulier la communauté musulmane et les réfugiés accueillis au Québec. En mars 2015, dans le quartier du petit Maghreb, le rassemblement de centaines de personnes antiracistes s'est transformé en une vaste manifestation dans les rues du quartier à la défense des droits de tous. En septembre 2015, au centre-ville, les manifestants n'ont pas non plus permis au groupe de se réunir.

Les jeunes et leurs alliés montrent par leurs actions que le peuple n'est pas xénophobe. Ils s'opposent fermement aux attaques racistes contre les communautés.




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