Numéro 8 - 5 octobre 2013

Sur le projet de Charte des valeurs québécoises

Opinions des organisations sociales


Mouvement national des Québécoises et des Québécois

Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) «se réjouit du dévoilement des grandes lignes du texte de la Charte, et plus particulièrement les quatre grands principes fondamentaux qu'elle met de l'avant, soit : le respect de l'égalité des hommes et des femmes, l'égalité de tous les citoyens entre eux et face à l'État, la neutralité de l'État en matière religieuse et finalement, le respect et préservation du patrimoine culturel et historique québécois», lit-on dans un communiqué du 10 septembre.

«La crise des accommodements a montré qu'il existait un décalage important entre la conception de la laïcité, autrefois défendue par le gouvernement, et celle à laquelle adhérait l'immense majorité des Québécois, poursuit le communiqué. Depuis lors, rien n'avait été entrepris pour répondre aux préoccupations des citoyens en matière d'accommodements religieux. Ce projet de loi fera en sorte que les demandes d'accommodements ne seront plus traitées au cas par cas, à l'intérieur de balises floues et, souvent, difficilement justifiables.»

Le président du MNQ Gilles Laporte déclare : « Nous sommes persuadés que la Charte sera un formidable outil d'intégration des immigrants. En plus de mettre des balises claires en matière d'accommodements religieux, elle assurera l'égalité et la neutralité de l'État envers tous les citoyens du Québec.»

« Promouvoir notre héritage historique est au coeur de la mission du MNQ. Nous nous réjouissons donc que la place du patrimoine culturel et religieux du Québec soit reconnue à l'intérieur de cette charte» a conclu Gilles Laporte.


Fédération des femmes du Québec

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) estime que les réactions diverses au projet de Charte des valeurs québécoises «montrent bien que l'égalité des droits des femmes constitue l'objet fondamental du débat actuel», lit-on dans un communiqué du 25 septembre. « Il y a unanimité dans le mouvement féministe quant à la nécessité d'assurer la laïcité de l'État et de combattre les fondamentalismes religieux. Le respect des droits des femmes et l'atteinte de l'égalité sont au coeur du débat. Vu l'importance de ces questions, il est nécessaire de le faire sereinement», dit la présidente de l'organisation Alexa Conradi.

«Toutes les femmes du Québec sont interpellées par ce débat. L'égalité entre les femmes et les hommes n'est pas encore atteinte», rappelle la FFQ dans son communiqué. «Les conditions à mettre en place pour que toutes les femmes puissent exercer concrètement leur droit à l'autonomie doivent être débattues.»

«La FFQ s'oppose vigoureusement à l'obligation faite aux femmes de porter certains signes religieux tout en s'opposant à une éventuelle interdiction d'en porter imposée aux employées de l'État. La FFQ fait toutefois une exception du voile intégral (burqa et niqab) qui doit être interdit dans la fonction publique et les services publics car il entrave la communication et enferme les femmes dans une citoyenneté de seconde zone.»

«La FFQ a entrepris le débat sur l'état de l'égalité depuis bon nombre d'années qui ne peut pas se régler uniquement par la laïcité, ni par des prises de position intempestives», déclare Mme Conradi, rappelant que «si l'égalité hommes-femmes est au coeur des valeurs québécoises, elle se fait encore attendre dans les domaines comme la précarité au travail, la violence envers les femmes, la pauvreté et le partage des tâches dans la sphère domestique».

« C'est pourquoi la FFQ invite les femmes à contribuer sereinement à cette discussion collective, en préférant l'expression des idées aux procès d'intention», conclut Alexa Conradi.


Coalition Laïcité Québec

«Après des années d'atermoiements, le gouvernement décide d'aller de l'avant en déposant son fameux document. Ce document devrait nous conduire vers une loi sur la laïcité qui nous permettra de finaliser le long processus de sécularisation et de déconfessionnalisation de la société québécoise», écrit Michèle Sirois, coordonnatrice de la Coalition Laïcité Québec dans un article paru dans Le Devoir le 11 septembre.

«Le projet du ministre Bernard Drainville se situe dans la continuité de l'histoire du Québec moderne. Plusieurs l'ignorent et beaucoup l'ont oublié, mais rappelons que le Québec a obtenu en 1997 un amendement constitutionnel pour déconfessionnaliser son système scolaire et mettre fin à la ségrégation scolaire basée sur l'appartenance religieuse. Pour ce faire, les catholiques et les protestants ont accepté de renoncer à leurs droits constitutionnels ! Parfois avec chagrin ou incompréhension, ils ont vu les institutions publiques mettre les crucifix et les images saintes au rancart. Et depuis 1976, les conseils municipaux ont pour la plupart imité l'Assemblée nationale et mis fin à la prière publique pour la remplacer par une minute de silence», écrit Mme Sirois.

Elle poursuit : «Bien sûr ; il reste ici et là des traces de cette omniprésence historique de l'Église catholique dans la gouverne civique du Québec. C'est dommage que certains prennent prétexte de ces exceptions pour justifier la présence d'autres signes religieux, tout aussi porteurs d'un message confessionnel qui exclut celui ou celle qui ne fait pas partie des adeptes de cette confession.

«Le projet sur la laïcité présenté par le gouvernement vise à encadrer les nombreuses demandes d'accommodements religieux. Il existe réellement un problème de gestion de ce type d'accommodements, n'en déplaise à tous ceux et celles qui nient qu'il y ait nécessité de définir des balises. Et le problème ne concerne pas que Montréal, comme en fait foi (!) la saga de la prière à l'Hôtel de Ville de Saguenay ou la cause de la chauffeuse d'autobus scolaire adventiste du 7e jour en Abitibi qui refusait de travailler le vendredi après-midi.»

«Bien des citoyens estiment que les accommodements devraient être accordés exclusivement pour des situations qui ne sont pas le résultat d'un choix, comme le handicap ou le sexe. En fait, la question qui se pose aux sociétés modernes multiconfessionnelles et multiethniques, c'est dans quelle mesure les lois religieuses doivent avoir préséance sur les règles démocratiques dans les services publics, et plus largement, dans l'espace commun où interagissent des citoyens.»

Et plus loin :

«Les gens qui sont pour les signes religieux dans les services publics affirment que c'est essentiel pour l'intégration des personnes immigrantes. C'est une affirmation qui mériterait d'être démontrée avec chiffres à l'appui. Curieusement, toutefois, les États généraux sur l'intégration des femmes immigrantes et racisées se sont conclus en 2012 par une série de recommandations dont aucune ne porte sur les signes religieux. Qui plus est, de nombreuses personnes venues de pays écorchés par l'intégrisme religieux demandent que le Québec les reconnaisse en tant que citoyens et non pas en tant que croyants.

«La laïcité n'est pas une politique de gestion de l'immigration, elle se veut un cadre organisé et connu de la place des règles religieuses dans la vie citoyenne. [...]

«Le gouvernement parle de valeurs québécoises : la sauvegarde de la langue française, l'égalité hommes-femmes et le caractère laïque des institutions. Il s'agit donc de valeurs auxquelles le Québec a choisi de donner priorité. Tout comme le déclarait Jean Charest en février 2007 : « Ces valeurs, elles sont fondamentales. Elles sont à prendre avec le Québec. Elles ne peuvent faire l'objet d'aucun accommodement. Elles ne peuvent être subordonnées à aucun autre principe.» Voilà qui peut constituer l'assise très honorable d'une laïcité à la québécoise qui devrait mener le débat au-delà de la partisanerie politique.»


Association des retraités de l'enseignement du Québec

L'Association des retraités de l'enseignement du Québec (AREQ) dit que «les cinq grandes orientations de la Charte ont l'avantage de préciser certaines lacunes actuelles concernant le ‘vivre ensemble' dans l'espace public et la neutralité de l'État, et ce, en apportant des balises concernant des questions demeurées sans réponses à ce jour».

Le communiqué précise que l'AREQ a mené un sondage auprès de ses membres au printemps dernier, qui révélait que 73 % des personnes interrogées étaient «d'accord avec l'idée d'adopter une charte de la laïcité, qui est connue aujourd'hui sous le nom de Charte des valeurs québécoises». Toujours selon ce sondage, «les trois valeurs privilégiées par ordre d'importance étaient l'égalité entre les femmes et les hommes, la liberté de croyance et la séparation de l'État et de l'Église. Ces valeurs sont mises de l'avant dans la Charte.»

Par contre, l'AREQ estime que la proposition de la Charte des valeurs québécoises ne respecte pas les principes d'égalité homme-femme. « On trouve qu'il y a une distorsion, souligne le président de l'AREQ Pierre-Paul Côté, on permet à l'homme barbu d'avoir son travail, parce que pour lui c'est une identification musulmane, mais la femme avec un hidjab, elle ne peut pas.»

M. Côté croit que le gouvernement est «dans les faits en contradiction avec son discours». « Quand les commissions scolaires sont devenues linguistiques plutôt que confessionnelles, fait-il valoir, les écoles religieuses n'ont pas diminué dans la région de Montréal, elles ont augmenté. Ça devient des ghettos, on leur permet de continuer et d'être financés en plus.»


Idle No More Québec (Fini l'inertie)

Dans un communiqué du 12 septembre le mouvement autochtone Idle No More Québec (Fini l'inertie) décrie «l'ironie d'un texte qui prétend défendre des valeurs universelles mais qui ne fait qu'imposer une vision dont les Premiers Peuples ont eu trop souvent à pâtir».

Le communiqué poursuit plus loin : «Il est impossible de croire à un véritable désir de rassemblement autour d'un projet commun de société quand l'approche du gouvernement Marois se fait une suite néo-colonialiste d'un passé d'assimilation encore frais au coeur des Premiers Peuples. Par le passé, nos cérémonies, tentes de sudation, potlatch, danses, chants, signes religieux et spirituels, identités culturelles et linguistiques ont été interdits par ce même genre de politiques colonialistes qui aujourd'hui les menacent de plus bel.

«Le mouvement Idle No More est issu d'un désir de protéger notre territoire et ses eaux, faire respecter nos droits ancestraux et mettre de l'avant notre spiritualité par ses cérémonies, danses et chants. Cette Charte se veut une représentation des meilleures valeurs de la société québécoise en omettant pourtant les valeurs d'accueil, de respect et de générosité mises en uvre par les Premiers Peuples et dont les premiers colons ont bénéficié.

«L'histoire est le meilleur témoin de l'hypocrisie et l'inutilité de l'utilisation d'une telle Charte comme moyen d'unir les nouvelles nations arrivantes. Cette Charte ne reflète pas les valeurs d'inclusion des peuples autochtones et nous encourageons le gouvernement et les habitants du Québec à rejeter cette Charte et à s'engager dans la seule véritable solution à de meilleurs relations: le dialogue vers un rejet de la peur de l'autre et du racisme.

«Idle No More Québec continuera de porter fièrement ses symboles religieux, spirituels et culturels et encourage tous membres des Premiers Peuples à les porter, refusant ainsi cette nouvelle intrusion raciste et colonialiste dans nos droits ancestraux et traditionnels.»

La porte-parole du mouvement, Mélissa Mollen Dupuis, estime que la Charte «fait complètement abstraction des valeurs autochtones». « Elle ne représente pas du tout la grandeur que le Québec peut avoir et ça ferme la conversation entre les peuples autochtones et québécois alors que nous sommes censés être un peuple fondateur», déplore-t-elle sur les ondes de Radio-Canada 13 septembre.

Même si la ministre déléguée aux Affaires autochtones du gouvernement du Québec, Élizabeth Larouche, précise de son côté que les Autochtones ne sont pas soumis à la Charte, écrit Radio-Canada, « ça exclut quand même les idéaux des Premières Nations dans une charte qui est québécoise», répond Mélissa Mollen Dupuis.

La grande chef du Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg, Alice Jérôme, croit pour sa part que la Charte aura des impacts importants sur l'ensemble des cultures québécoises, notamment celle des Premières Nations. « Madame Marois devrait plus regarder les autres peuples qui composent le Québec», affirme-t-elle.


Congrès maghrébin au Québec

Dans un communiqué émis le 11 septembre le Congrès maghrébin au Québec (CMQ) «dénonce vivement la Charte de la laïcité telle que présentée par le ministre Bernard Drainville hier. Le CMQ considère que cette charte ne respecte en rien les valeurs québécoises de tolérance, d'inclusion et d'ouverture. Il s'agit d'une charte liberticide qui va contre toutes les règles du vivre-ensemble québécois.»

« Le gouvernement péquiste rallume le débat des accommodements raisonnables pour des raisons bassement électoralistes et ce, sur le dos des femmes et hommes qui pratiquent leur foi et qui ne cherchent qu'à s'intégrer aux valeurs de notre société», a déclaré le président et cofondateur du Congrès Maghrébin au Québec, monsieur Monsef Derraji.

Le communiqué poursuit : « Le gouvernement péquiste vise des femmes et des hommes qui participent ou qui veulent participer au développement économique du Québec et qui veulent prendre part à l'essor de notre province. Les personnes qui seront le plus touchées par cette charte discriminatoire et exclusive sont celles qui oeuvrent déjà dans la fonction publique, des travailleurs qualifiés, francophones et intégrés dans notre société.» « Le message que nous envoie le gouvernement, c'est que le Québec ne veut rien savoir d'une personne hautement qualifiée, intégrée et francophone pour la seule raison qu'elle arbore un signe religieux qui ne nuit ni à la qualité de son travail, ni au respect des valeurs de notre société», rajoute M. Derraji.


Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité

«La laïcité est un projet de société important pour la paix sociale au Québec ainsi que pour l'inclusion et l'intégration harmonieuse des nouveaux arrivants», écrit l'Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité dans un communiqué du 3 septembre. «Plusieurs s'opposent aux accommodements religieux déraisonnables qui sont en fait une ouverture à une discrimination dont personne ne peut mesurer les conséquences dramatiques sur la cohésion sociale. Ces accommodements sont, en réalité, des demandes d'une très petite minorité d'entre nous, mais qui font beaucoup de tort aux personnes qui proviennent de l'Afrique du nord et du Moyen-Orient, car ces accommodements religieux ouvrent la porte à la création d'un clivage entre les immigrants et la société d'accueil.»

Le communiqué poursuit ainsi : «C'est dans cet esprit que nous, citoyens québécois originaires d'Afrique du nord, avons décidé de prendre notre responsabilité devant l'histoire et devant le peuple québécois afin de participer, avec nos idées, nos réflexions et notre expérience, à la marche en avant de cette société qui nous accueille à bras ouvert, avec nos différences. L'histoire et les valeurs québécoises s'inscrivent dans la continuité du siècle des Lumières qui a fait baigner l'Occident, le Canada en général, et le Québec moderne en particulier, dans une société laïque et démocratique, où l'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la séparation du politique et du religieux constituent des valeurs fondamentales.

«C'est l'absence de ces valeurs-là dont souffrent nos sociétés d'origine qui a enclenché la vague d'émigration, et ce sont ces valeurs-là que nous sommes venus chercher au Québec. La laïcité qu'on veut défendre en est la condition essentielle. [...]

«La laïcité nous permet de mettre de l'avant ce qui nous rassemble et non ce qui nous divise, à savoir la neutralité de l'État et de ses institutions, l'égalité entre les hommes et les femmes, la primauté de la citoyenneté sur l'appartenance religieuse, et la fin de tous les privilèges liés à cette dernière.

«Notre participation au débat démocratique est essentielle pour que notre voix puisse être entendue et comprise dans le débat sur la laïcité qui s'amorce autour du projet de loi qui sera présenté en septembre prochain par le gouvernement du Parti Québécois.»


Conseil musulman de Montréal

«Nous rejetons cette politique de discrimination institutionnalisée», a déclaré Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal (CMM), à propos du projet de Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois. «Ce n'est pas seulement une cause qui concerne les membres de groupes religieux minoritaires, mais qui concerne plutôt tous ceux qui sont en faveur de la justice, des droits humains et des libertés civiles.»

«Nous allons continuer à demeurer solidaires pour protéger les droits de tous les Québécois et les Canadiens, organisant une série d'événements et d'activités prévues, y compris les campagnes d'envoi de lettres, des portes ouvertes de mosquées, visites à l'Assemblée nationale et des manifestations dans la ville de Québec et de Montréal», a-t-il ajouté dans un communiqué de presse de l'organisation.


Centre islamique de l'Outaouais

Le 14 septembre, les responsables du Centre islamique de l'Outaouais écrivent dans un communiqué qu'ils «se disent préoccupés par le projet de loi sur la Charte des valeurs québécoises, qui selon eux porterait atteinte à la liberté de religion garantie par la constitution canadienne et va à l'encontre de la Charte canadienne des droits et libertés».

« Imaginez dans une cérémonie de remise de la citoyenneté. Je regarde mon collègue et il dit, mais toi, tu habites au Québec, tu ne peux pas avoir les mêmes droits que moi, même si on est tous citoyens», affirme M. Sarr, un des responsables qui souligne que «la laïcité est un acquis de la société québécoise».

«Cependant, comme d'autres personnes de confession musulmane, il [le Conseil islamique de l'Outaouais] considère comme un recul le fait que la Charte des valeurs interdise le port d'insigne religieux, notamment le voile, dans plusieurs sphères de la société», poursuit le communiqué. « Ce qui se passe, c'est que l'on monte des citoyens contre d'autres. C'est cela qu'on craint. Et c'est ce qu'il faut combattre. Moi je refuse qu'on essaie de me monter contre un autre citoyen», soutient Ali Sarr. Le Centre islamique de l'Outaouais compte faire pression sur les élus de la région par le biais d'une pétition afin que ces derniers prennent position contre la Charte des valeurs.



Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca



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