Numéro 9 - 8 octobre 2013

Sur le projet de charte des valeurs québécoises


Qu'est-ce qui se passe?

Beaucoup de gens essaient de comprendre ce qui se passe dans la discussion sur la proposition de charte des valeurs québécoises. Beaucoup cherchent à trouver ce qu'il faut faire précisément pour faire avancer les choses. Les médias monopolisés ne parlent pas du travail, des croyances et des préoccupations d’une bonne partie des forces sociales et de ceux qui ont un intérêt dans cette affaire. La raison en est que la discussion doit tenir compte des exigences de la démocratie moderne et de la définition moderne des droits humains, car sans cela on ne peut pas tenir responsables de leurs agissements ceux qui bloquent le progrès de la société pour servir leurs intérêts. Sans cela il n’y a pas de critère pour juger des opinions des uns et des autres, voire même nos propres opinions. Cela contribue à l’angoisse et au stress que beaucoup vivent dans la situation actuelle.

Chantier politique entreprend donc d’élargir son reportage, en particulier dans le domaine de la démocratie et des droits humains, pour aider tous ceux et celles qui sont engagés sur ces deux fronts. Bien que nos ressources soient modestes, nous voulons contribuer à créer une atmosphère de discussion et de débat et à populariser les opinions de tous ceux et celles qui travaillent à apporter des définitions modernes des droits humains et de la démocratie.

Nous commençons avec des vues sur pourquoi les tentatives de compromis sur le projet de charte des valeurs québécoises, comme celle de l’ex-premier ministre Jacques Parizeau, n’ont pas réussi jusqu’à maintenant.

La difficulté d'en arriver à un consensus

La frustration grandit face à la difficulté d'en arriver à une entente qui va fermer la boîte de pandore ouverte avec le projet de charte des valeurs québécoises. À chaque jour qui passe, les passions sont attisées toujours plus. La proposition en toute apparence raisonnable de l'ex-premier ministre Jacques Parizeau, immédiatement appuyée par les autres ex-premiers ministres péquistes Lucien Bouchard et Bernard Landry, n'a pas pour l'instant été retenue par le gouvernement de Pauline Marois comme base d'entente. On dit que le compromis proposé est basé sur les recommandations de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodations raisonnables qui a parcouru le Québec en 2007-2008.

Sur cette base, on dit que ces recommandations sont raisonnables et la position du PQ dans ce cadre-là apparaît donc comme étant déraisonnable. Les gens raisonnables sont appelés à s'aligner d'un côté et ils croient que les gens qui se retrouvent de l'autre côté sont déraisonnables. Le problème est que plusieurs d'entre ceux qu'on dit raisonnables sont vraiment troublés parce qu'ils savent que plusieurs d'entre ceux qu'on dit déraisonnables ne sont pas déraisonnables du tout. Ils tiennent des opinions qui sont certainement aussi valables que les leurs. Il est vrai que les arguments présentés par le ministre Drainville semblent manquer de rigueur intellectuelle, mais cela aussi serait une question d'opinion. Nous devons considérer et analyser sérieusement ce qui est en train de se passer sinon la discussion sur les différents aspects tend à se résumer à un alignement entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, sur la base de passions attisées, et nous risquons de tomber dans l'irrationalisme, ce que les défenseurs des droits voudraient éviter à tout prix.

Un discours irrationnel

Prenons le cas des divisions qu'on dit exister dans les rangs souverainistes, entre les tenants de la laïcité fermée et les tenants de la laïcité ouverte. Les tenants de la laïcité ouverte craindraient même que ceux de la laïcité fermée nuisent à la cause souverainiste en envoyant des minorités dans le camp fédéraliste. On présume que le « camp fédéraliste » défend les droits des minorités et on conclut que le Québec doit donc faire mieux.

C'est une conversation si ridicule qu'elle devient difficile à suivre. D'abord on présume que ce qu'on appelle le camp fédéraliste défend les droits des minorités, alors que l'institution canadienne appelée multiculturalisme est raciste jusqu'à la moelle, basée comme elle est sur la pratique coloniale britannique de diviser pour régner. Dans cet arrangement, certains membres du corps politique se voient accordés des privilèges tant qu'ils acceptent les termes de leur soumission. Un groupe qui jouit de privilèges permet à un autre groupe de jouir de certains de ces privilèges.

Il n'y a rien de moderne dans cette conception des droits. Pourquoi le Québec en voudrait-il ? Pourquoi n'importe quel pays en voudrait-il ?


Les accommodements raisonnables

Le PMLQ est d'avis qu'une grande partie de la confusion qui existe au Québec dans la discussion sur la Charte des valeurs québécoises est attribuable à la conception des accommodements raisonnables : qu'est-ce qu'un accommodement raisonnable ? Qui fait les accommodements raisonnables, pourquoi et dans quelles conditions ?

Les accommodements raisonnables ont été inventés par les bâtisseurs d'empire britanniques à l'époque de la démocratie libérale en Angleterre. L'économie mondiale n'était pas encore monopolisée et le libre-échange avait un semblant de liberté véritable, la liberté entre groupes de commerçants de piller à volonté la partie du monde qu'ils avaient acquise par la force. Tout cela faisait partie d'un système économique et politique d'empire dans lequel les puissances coloniales s'appropriaient des territoires et pillaient leurs richesses après avoir soumis leurs populations. Libre-échange est une expression. Il s'agit en réalité d'un commerce qui s'est développé avec la traite des esclaves et le massacre de millions de personnes dans les pays colonisés. Il ne faut pas le voir comme une abstraction.

C'est à cette époque que la classe dominante en Grande-Bretagne a créé une société qui reposait sur une autorité publique et non ecclésiastique sur les affaires temporelles. Dans cette autorité publique, l'État administrait les affaires au nom du peuple afin de canaliser toutes les ressources de la société au service des classes dominantes. Le système politique appelé démocratie libérale a été perfectionné pour porter au pouvoir telle ou telle faction de la classe dominante. Il a établi des institutions politiques et des pratiques pour résoudre les différends entre les factions de cette classe sur la base de l'intérêt de classe supérieur, celui d'accommoder les factions pour qu'elles puissent continuer de dominer les classes laborieuses. Avec le temps, le système d'accommodements raisonnables a été étendu aux représentants des classes laborieuses, qui persistaient à réclamer un pouvoir pour elles-mêmes, afin de maintenir la paix. Lorsque les travailleurs refusaient d'accepter un  arrangement qui était acceptable pour les classes dominantes, la paix sociale était rompue et le problème était réglé par la force – la police, les tribunaux, le système carcéral.

En théorie politique, les arrangements qu'on appelle maintenant « accommodements raisonnables » étaient appelés à l'origine « accommodements des élites ». C'était un système en vertu duquel des intérêts minoritaires se voyaient accorder des privilèges afin de s'assurer de leur loyauté ou prévenir leur révolte. Un intérêt minoritaire pouvait être une minorité politique, culturelle ou linguistique ou correspondre à un intérêt économique ou à un intérêt d'autre sorte.

Il est important de comprendre que c'était un mécanisme pour résoudre les différends au sein des classes dominantes et, pour les autres, un moyen de participer aux arrangements établis, tels qu'accordés à ceux qui acceptaient ce pouvoir.





Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca


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