Numéro 11 - 10 octobre 2013

Sur le projet de charte des valeurs québécoises

La société doit définir les droits
sur une base moderne

La discussion sur la proposition de Charte des valeurs québécoises soulève plusieurs questions fondamentales. Mais pour savoir lesquelles, les travailleurs et les jeunes doivent faire un travail d'identification. Sinon l'identification est faite par d'autres et quand cela se produit il y a un risque sérieux de sombrer dans l'irrationalisme malgré soi.

Par exemple, en apparence il y aurait un choix à faire entre le laïcisme dit ouvert et le laïcisme dit fermé. Certains diront que le laïcisme ouvert est plus convenable parce que plus tolérant que le laïcisme fermé. Il faut être flexible, raisonnent-ils. Si ce n'est pas cassé, pourquoi le réparer ? D'autres pensent que la solution est d'avoir des balises claires, qui s'appliquent à tout le monde sans exception, pour défendre le principe de l'uniformité.

Le système français qui vise l'intégration est parfois cité comme l'exemple classique du laïcisme fermé tandis que le multiculturalisme britannique et anglo-canadien serait une forme de laïcisme ouvert. Certains disent que le système français fonctionne très bien et que la France est une grande société démocratique, d'autres ne sont pas du tout d'accord. Ils font remarquer les nombreux échecs du système français, comme le fait qu'il n'a pas réussi à intégrer les Nord-Africains et les gens provenant des autres anciennes possessions françaises, et que la France est une société profondément raciste. Or, le multiculturalisme canadien est lui aussi profondément raciste et il a lui aussi ses nombreux ratés quand il s'agit d'accommoder les minorités qui ne veulent pas se soumettre aux conditions avec lesquelles elles ne sont pas d'accord. Les deux systèmes sembleraient fonctionner avec ceux qui sont accommodés ou qui veulent être accommodés. Ni l'un ni l'autre ne fonctionne pour ceux qui n'ont pas le « teint » qu'il faut ou la religion qu'il faut, ou les valeurs qui plaisent au gouvernement du jour, comme c'est souvent le cas.

Autrement dit, il faut vraiment revoir les notions qui sont données et véhiculées. Nous accueillons favorablement la discussion sur le projet de charte des valeurs précisément parce qu'elle offre l'occasion de revoir ces concepts et d'avancer sur la base de notre propre modèle. Notre histoire, la façon dont nous avons vécu la séparation de l'État et de l'Église, est unique. Notre expérience avec l'Église catholique fut pénible. Nous avons nos histoires dans nos familles au Québec, les misères vécues sous l'emprise de l'Église, et surtout les femmes qui ont passé leur vie à enfanter. Un lecteur nous raconte que son arrière-grand-mère a nommé son dernier Misère, son quatorzième, après en avoir perdu plusieurs à la naissance. D'autres ont vécu des situations semblables ailleurs dans le monde et ils doivent eux aussi en tirer des conclusions, mais personne ne peut se faire imposer des modèles de l'extérieur. Ce serait manquer de suite dans les idées.

Alors prenons le temps de réfléchir comme il faut aux raisons qui ont poussé les Québécois à rejeter le pouvoir des institutions religieuses dans la vie sociale. Écoutons les orphelins de Duplessis qui vivent encore les séquelles d'une enfance passée dans les institutions pour « déments » parce que l'Église recevait plus d'argent du gouvernement pour les malades mentaux que pour les orphelins. Ils ne sont pas un cas particulier, à part. Ils vivent les conséquences de cette emprise que nous avons rejetée. Aujourd'hui on dit que les frères enseignants et les soeurs enseignantes ont eux-mêmes renoncé au port de signes religieux dans les institutions laïques, qu'il n'a pas été nécessaire de les y contraindre par la loi. Mais pourquoi se sont-ils sentis obligés d'enlever leur soutane et leur coiffe ? Peut-être voulaient-ils se distancer des horreurs commises par l'Église maintenant que le peuple affirmait sa volonté collective ? Peut-être certains d'entre eux partageaient-ils la colère populaire à ce sujet ?

Même chose pour les crimes commis contre les autochtones, qui d'ailleurs ne sont pas un problème du passé mais du présent. Même s'ils n'ont pas le poids démographique leur permettant de faire valoir leurs droits, une société moderne se doit de résoudre ces problèmes parce que c'est la chose à faire, la chose humaine.

La mémoire d'un peuple est son histoire et son intelligence. Le fait que des gens aient une mémoire persistante des horreurs vécues n'est pas une raison de les ignorer. Au contraire, il faut les aider à faire la transition aux réalités du présent où ces horreurs ne font pas partie des dangers du présent. La mémoire d'un peuple ne s'efface pas comme on veut.  L'ensemble du corps politique a la responsabilité de voir à ce que ces expériences ne se répètent pas aujourd'hui au nom d'idéaux supérieurs, comme par exemple la privatisation des services de santé sous prétexte que c'est plus efficace, etc.

Les valeurs s'acquièrent, elles ne s'imposent pas par des lois. Les chartes peuvent codifier les valeurs, mais quelles valeurs ? Le rôle des gouvernements, y compris l'opposition, est de diriger, de contribuer à ouvrir la voie au progrès, non pas de créer les conditions d'une guerre civile. Comment on s'y prend pour former une opinion publique est très important. Si le but est d'unir le peuple, surtout quand il est fait de plusieurs cultures, origines nationales et religions, chacun avec son bagage d'expérience et ses conditions, il faut être patient. À forger ces différentes identités en une nouvelle, mille fois plus riche, dans la défense des droits de tous, on fera du peuple québécois une force qui ne se brise pas, quelles que soient les difficultés.

Le fait demeure que non seulement les deux modèles les plus discutés (intégration et multiculturalisme) sont-ils profondément racistes, mais ils sont en crise parce qu'ils ne répondent pas aux besoins du temps. Pourquoi le Québec voudrait-il imiter l'un ou l'autre de ces systèmes en crise ? Pourquoi ne se baserait-il pas plutôt sur l'expérience avancée de l'humanité, laquelle doit faire l'objet d'une réflexion éclairée et d'échanges qui permettent d'approfondir notre expérience. Il ne s'agit pas de diluer les cultures ou de les fondre dans un grand chaudron. Il y a une façon d'établir un système qui ouvre la voie au progrès parce que les valeurs sur lesquelles il se base seront les plus riches du monde, adoptées par tous.

Le PMLQ pense qu'au Québec le peuple est à la fois capable et prêt à proposer des solutions aux différents problèmes qui se posent pour lui et qui se posent aussi pour les peuples partout dans le monde. Nous avons cette recherche de solutions en commun.



Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca


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