Numéro 15 - 16 octobre 2013


Sur le projet de charte des valeurs québécoises

Aujourd'hui c'est seulement en garantissant
les droits humains que les droits
des minorités peuvent être protégés

Dans le débat déclenché par les propositions du gouvernement du Québec pour une charte des valeurs québécoises, il se dégage un besoin urgent d'en finir avec les vieilles controverses. Il faut régler les comptes avec les modèles hérités d'une autre époque qui sont en crise en retournant aux problèmes à résoudre, qui sont au coeur de notre époque: garantir les droits de tous et investir le peuple du pouvoir souverain.

Il faut voir par exemple pourquoi les modèles de multiculturalisme et d'intégration n'ont pas apporté une solution aux problèmes des sociétés où ils ont été appliqués et voir s'ils doivent être rejetés pour repartir à zéro ou s'ils peuvent être corrigés, améliorés ou adaptés pour réaliser l'objectif de garantir les droits. Par exemple, le multiculturalisme canadien est raciste jusqu'à la moelle. Il a été mis au point entre autres pour nier les droits de citoyenneté sur une base moderne, nier l'existence de la nation du Québec et son droit à l'autodétermination, nier les droits ancestraux des Premières Nations et nier les droits des minorités nationales. Les minorités nationales sont divisées en soi-disant ethnies ou « gens de couleur » ayant des «traits visibles distinctifs».

En affirmant notre droit à tous de décider du genre de société que nous voulons, nous avons la possibilité d'apporter une contribution à la résolution des problèmes de la société sur une base moderne. Ce sont les problèmes qu'on retrouve partout dans le monde à l'ère de la mondialisation et du grand déplacement des populations dans le contexte de crises de la démocratie et des modèles établis.

Garantir les droits de tous

Tous les êtres humains naissent en société et sont par conséquent en droit de faire des réclamations à la société. La demande principale de notre époque est que la société doit garantir les droits que tous ont du fait qu'ils sont des êtres humains. Si les droits qui appartiennent à chacun du fait de son humanité sont garantis, cela ouvrira la porte à la résolution de plusieurs des problèmes que connaît la société actuelle. Tous ont des droits humains du fait qu'ils sont humains. Une définition moderne des droits humains est proposée qui reconnaît que si la société veut se dire humaine, elle doit répondre à toutes les demandes qui rendent l'être humain possible. Une fois qu'on aura reconnu l'existence des droits humains, toutes les sociétés devront trouver les moyens d'assumer leur devoir de les garantir. Une société qui se dit démocratique mais qui ne prévoit pas la garantie des droits humains sera en contradiction avec elle-même.

La démocratie et les droits humains

Le droit de conscience est le propre de l'être humain parmi les espèces animales. La liberté de penser et d'avoir l'opinion qu'on veut est un droit humain fondamental parce que c'est précisément la capacité de concevoir ce qui manque par abstraction, de planifier et de prendre des décisions qui affectent son existence et celle de la société qui est humaine. Sans la reconnaissance du droit de conscience et sans établir les conditions nécessaires à son exercice, il est futile de parler de progrès. Comme pour tous les droits, le droit de conscience ne se donne pas et ne s'enlève pas. Le devoir de la société est de le garantir, ce qui signifie établir les conditions nécessaires à son exercice, à son épanouissement.

Quand une société accepte d'accorder des privilèges à certains et pas à d'autres, quand un groupe a le pouvoir d'accommoder les autres, peu importe qui, cela veut dire qu'il a également le pouvoir de priver les autres de leurs droits. Le droit de conscience est la première victime puisqu'il s'établit immédiatement une hiérarchie d'opinions, y compris une hiérarchie d'opinions sur les droits.

Historiquement, les théories et les opinions qui ont servi le privilège ont été enchâssées et canonisées et l'esprit scientifique vivait le péril d'être qualifié d'« hérétique ». Durant la lutte contre l'obscurantisme, l'esprit éclairé, l'esprit de renaissance qui a établi de nouveaux arrangements pour la société, s'est servi de la raison pour combattre la déraison, les pratiques fondées non pas sur le critère scientifique vérifiable et les principes mais sur la superstition, qui est une croyance irrationnelle, non vérifiable. La lutte pour la séparation de l'État et de l'Église a été menée dans tous les domaines de l'activité humaine. Partout où l'Église exerçait son emprise, les croyances éclairées étaient bannies, les livres interdits, et ceux qui pratiquaient les activités éclairées étaient excommuniés. La conversion à la foi, les inquisitions et les guerres saintes se sont accompagné des pratiques les plus horribles. La lutte contre l'emprise de l'Église sur l'autorité temporelle a eu lieu dans le contexte européen. Cela a créé une renaissance européenne. Mais le monde a évolué depuis. Il est grand temps que les batailles d'aujourd'hui soient menées dans le contexte d'aujourd'hui, pas dans le contexte d'une époque depuis longtemps révolue.

Aujourd'hui la hiérarchie de pensée se reflète dans la classification des opinions et théories entre « courants principaux », si elles servent les puissants et les privilégiés, et « courants marginaux » ou « extrémistes » si elles ne les servent pas. D'autres expressions utilisées pour « courants principaux » sont « modérés », « raisonnables », etc. L'opinion « extrémiste » est aussi appelée « intégriste », « dogmatique », « cultes », etc. Aujourd'hui même la pensée scientifique est présentée comme étant quelque chose de « dogmatique » parce qu'elle refuse de céder à des accommodements dits raisonnables ! Toutes sortes d'expressions sont utilisées pour décrire une conduite considérée comme non raisonnable, pas convenable pour la personne humaine moderne ou le mode de vie moderne.

Le problème avec ces mots et définitions est qu'ils sont basés sur les vieilles controverses, sur les guerres d'antan, quand l'Europe fut mise à sang dans son effort pour surmonter les rapports de production féodaux et établir les rapports de production capitalistes. La lutte était dirigée contre l'emprise de l'autorité ecclésiastique pour donner naissance à ce qu'on a appelé l'autorité publique.

Aujourd'hui, la liberté de conscience existe en apparence en comparaison avec l'ère médiévale, mais pourquoi comparer ce qui existe aujourd'hui à ce qui existait dans le passé ? Pourquoi ne pas examiner la liberté de conscience dans son contexte, dans la réalité d'aujourd'hui ? Nous verrions alors que non seulement la liberté de conscience n'est-elle pas garantie, mais que l'emprise de l'orthodoxie et du dogme officiels est en fait beaucoup plus forte, précisément à cause du pouvoir des monopoles et parce que le pouvoir d'État est à leur disposition, pour priver les peuples du pouvoir d'exercer leurs droits.

À cet égard, il faut tenir compte du rapport très étroit entre la nature de la démocratie et les droits humains. Si le processus politique n'offre pas au peuple une place pour se gouverner, il n'y aura pas de place ou exercer le droit de conscience et d'assemblée et la liberté d'expression. Lorsque des élites jouissant du privilège et du pouvoir peuvent définir ce qui est dans le meilleur intérêt de la société, les droits humains disparaissent et une pression terrible s'exerce sur les gens pour qu'ils ne soient pas humains.

Aujourd'hui, si les droits humains sont garantis, on pourra régler une fois pour toute la notion de minorités et de droits minoritaires. Tous auront des droits garantis du fait qu'ils sont humains.

Il est grand temps que le discours politique entreprenne cette discussion pour en finir avec les vieilles controverses.





Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca


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