Numéro 16 - 17 octobre 2013


De la boîte à courriel

Un besoin de surmonter l'étroitesse d'esprit

Une chose qui continue d'être évidente dans les discours et l'atmosphère générale, c'est le manque de conviction et une certaine étroitesse d'esprit. Il persiste une tendance prononcée à faire appel seulement aux « Québécois de souche ». Même l'esprit républicain des patriotes de 1837-1838 est absent. Maintenant la tendance à la division est encore plus prononcée avec l'atmosphère du « pour ou contre » le projet de charte des valeurs.

Le Québec qui a présentement le statut de province forme une nation au sein du Canada. Il n'est pas devenu un État-nation à l'époque et encore aujourd'hui l'État est celui qui lui a été imposé par ceux qui ont usurpé le pouvoir par la force. Le point est que le Québec est formé de gens qui viennent de partout dans le monde, mais il y a ici une histoire et un problème à résoudre et l'appel doit s'adresser à tout le corps politique. Il faut s'adresser au problème de qui décide parce que là-dessus tout le monde peut être uni. C'était aussi la bataille des patriotes.

Pourquoi le gouvernement Marois ne met-il pas plutôt sur la table un projet de constitution québécoise ? La raison en est peut-être qu'il ne veut pas mettre sur la table la question de qui décide et comment investir le peuple du pouvoir souverain. Le Québec n'a pas sa loi fondamentale, alors comment peut-il établir des lois régissant les rapports avec les minorités, etc. ? Comme pour toute démocratie moderne, la constitution doit d'abord déclarer que le peuple est souverain, que c'est lui qui décide de toutes ses lois et de l'utilisation de toutes ses ressources humaines et naturelles. Il faut aussi renouveler le processus politique dans le sens de permettre au peuple d'élire des candidats choisis par lui plutôt que par les partis politiques et éliminer le facteur argent.

Ce n'est pas un problème strictement québécois, puisqu'il se pose aussi dans le reste du Canada ainsi qu'ailleurs dans le monde où les États-nations ont été constitués à une autre époque, avec comme classe dirigeante que des secteurs très privilégiés. Aujourd'hui, partout la conscience d'appartenance est forte et il y a un besoin réel de faire des avances sur cette question de qui décide. Avec l'apport continuel des travailleurs et des peuples du monde entier, il y a décidément une base magnifique pour former des États-nations modernes.

Mais sans moderniser le processus politique dans le sens de nous assurer que le peuple exerce un contrôle réel sur son choix de gouvernement, les gouvernements que nous élisons ne sont pas les gouvernements que nous voulons. Ce sont des compromis que nous ne contrôlons pas. Ils sont les gouvernements que décident de se donner ceux qui contrôlent le pouvoir économique et politique en pratique et qui veulent le conserver, ne pas le partager. Les travailleurs, les jeunes et les étudiants, les femmes et d'autres secteurs de la société peuvent de temps à autre mener une action concertée qui vienne embrouiller les plans de ceux qui contrôlent les leviers du pouvoir, mais cela demeure ponctuel sans un mouvement et des mesures pour investir le peuple du pouvoir souverain.

Il me semble que sans traiter de ces problèmes, les valeurs qui sont proposées pour la charte des valeurs restent des mots creux.

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Souvent on entend parler de notions comme « le vivre-ensemble » et de « cohésion sociale », qui jouent toujours le jeu de ceux qui veulent pousser des valeurs conservatrices parce que ça nie la nécessité de « cohésion » politique, de la capacité de décider ensemble pour nous-mêmes.

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Beaucoup reprochent au projet de charte des valeurs de viser uniquement certaines minorités arrivées au Québec assez récemment. Cela n'est pas un problème québécois comme tel, puisque la grande migration des peuples dans le contexte de la mondialisation impérialiste est justement un problème contemporain, d'une humanité socialisée qui est bloquée par les vieux arrangements dont font partie les vieux concepts de tolérance, de minorités dans le sens marginalisé du terme. C'est important qu'on dise que notre époque est celle de la reconnaissance et de la garantie des droits et du renouvellement de la démocratie qui investit le peuple du pouvoir souverain. Sans cela, effectivement, qui donne les droits aux minorités et qui les leur retire ? On ne pourra pas résoudre les problèmes actuels de façon satisfaisante sans répondre à cette question.

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La lutte pour l'affirmation des droits garantira les droits des minorités. C'est ce qui ouvrira la voie au progrès. C'est l'affirmation de la conception moderne des droits qui ne repose pas sur la conception de privilège qu'on peut donner ou enlever, de tolérance, qu'il y a un groupe privilégié qui décide qui et quoi on peut tolérer ou ne pas tolérer, ce qui sous-entend qu'il y a des limites à ne pas franchir.

Quand, il y a plusieurs années, la Maison des femmes sourdes de Montréal s'est battue pour la reconnaissance de leurs besoins spécifiques, la bataille était pour la reconnaissance de leurs droits de minorités. Pour affirmer leurs droits, elles ont des besoins spécifiques qui doivent être garantis pour qu'elles puissent affirmer leur humanité, leur féminité, et leurs conditions de femmes sourdes. Mais dans la vieille conception imposée, leur organisme ne se retrouvait dans aucune catégorie, ce qui ne leur permettrait pas d'avoir des subventions. Elle était considérée comme un organisme de bienfaisance, de charité, dans la vieille conception. Les femmes sourdes sont une catégorie ou non, à qui on peut accorder des privilèges ou non, leur reconnaître ou non des besoins spécifiques à combler, etc. Cela les maintient en marge de la société et pèse sur l'existence humaine. Cette bataille pour l'affirmation des droits est clé.

La hiérarchie de pensée est un autre problème, la classification comme il est clairement indiqué bloque la discussion, comme le pour ou contre, les courants principaux versus les marginaux. Le discours politique doit mener cette discussion pour en finir avec les vieilles conceptions, les vieilles controverses. C'est la discussion à laquelle tout le monde devrait se joindre.





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