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Les manigances juridiques
fédérales autour de la « loi sur la
clarté »
Le gouvernement Harper cherche à se sortir
de la crise de corruption en attaquant le Québec
et les Premières Nations
Le PMLQ condamne les manigances juridiques et politiques
auxquelles se livre le gouvernement Harper concernant le droit du
Québec à l'autodétermination. Selon les
informations, le gouvernement Harper a demandé à la Cour
supérieure du Québec « d'invalider la loi
provinciale qui accorde aux Québécois le droit de
décider seul s'ils veulent se séparer du
Canada ». La loi 99, Loi sur l'exercice des droits
fondamentaux et des prérogatives du peuple
québécois et de l'État du Québec,
avait été adoptée par l'Assemblée nationale
du Québec à l'automne 2000 en réponse à la
« loi sur la clarté
référendaire » du gouvernement
fédéral libéral de Jean Chrétien, il y a 13
ans.
« La requête a été
déposée en toute discrétion, mercredi, alors que
tous les yeux étaient tournés vers Ottawa pour le
discours du Trône. Elle a été rendue publique
vendredi par le magazine Maclean's »,
écrit
Radio-Canada. « Le procureur général du Canada
conteste plusieurs aspects de la loi 99. La requête demande
notamment au tribunal d'écarter le passage affirmant qu'un
résultat de 50 % plus une voix serait suffisant pour
déclarer l'indépendance du Québec. »
Pour le PMLQ, la façon dont cette affaire est
ressortie des vieux tiroirs par le gouvernement Harper pour servir ses
fins partisanes montre plus que jamais le danger qui existe quand le
peuple, le corps politique, est privé des institutions
démocratiques modernes qui lui permettent d'exprimer la
volonté populaire. Le gouvernement Harper annonce maintenant son
intention d'intervenir dans une cause qui est devant les tribunaux
depuis 13 ans pour détourner l'attention de l'offensive
tout azimut qu'il vient de lancer contre l'ensemble des Canadiens dans
son discours du trône et de la corruption de son parti. C'est
aussi dans ce contexte qu'il faut voir l'attaque criminelle de la GRC
contre la première nation Elsipogtog au Nouveau-Brunswick.
Ça ne doit pas passer !
Historique
La loi « sur la clarté »
fut le dernier coup d'envoi de la campagne du gouvernement
Chrétien pour « clore » la question
nationale au Québec en imposant le statu quo par tous les moyens
possibles. La campagne s'est soldée par une crise du Parti
libéral, le scandale des commandites et une défaite
électorale, particulièrement cuisante au Québec.
La Loi sur la clarté
dit que le gouvernement fédéral ne négociera pas
les modalités d'une sécession du Québec suite
à un référendum s'il juge que la question
posée et le résultat du référendum ne sont
pas « clairs ».
L'idée d'une loi fédérale qui dicte
les conditions d'un référendum au Québec est
d'abord apparue sous la forme d'un projet de loi à initiative de
député (projet de loi C-341), présenté par
nul autre que Stephen Harper en octobre 1996, alors
député réformiste. L'année suivante le
gouvernement Chrétien demandait à la Cour suprême
de statuer sur le droit du Québec à la sécession
unilatérale (Renvoi relatif à la sécession du
Québec, août 1998).
La même année le parlement canadien a
voté la Loi sur la clarté qui
dit qu'avant de procéder à la négociation
bilatérale des modalités de sécession du
Québec, le gouvernement canadien doit considérer
« a) l'importance de la majorité des voix validement
exprimées en faveur de la proposition de sécession ;
b) le pourcentage des électeurs admissibles ayant voté au
référendum ; c) tous autres facteurs ou
circonstances qu'elle estime pertinents ».
L'Assemblée nationale du Québec a
réagi en adoptant la loi 99 qui énonce qu'une
majorité simple constitue une expression claire du droit du
peuple québécois de disposer de lui-même et qu'
« aucun autre parlement ou gouvernement ne peut
réduire les pouvoirs, l'autorité, la souveraineté
et la légitimité de l'Assemblée nationale ni
contraindre la volonté démocratique du peuple
québécois à disposer lui-même de son
avenir ». La loi 99 a été
contestée devant les tribunaux par Keith Henderson du Parti
Égalité du Québec et maintenant, 13 ans plus
tard, le Procureur général du Canada du gouvernement
Harper annonce son intention d'intervenir dans la cause. La Cour
supérieure du Québec venait d'annoncer son intention
d'entendre la cause en 2014.
La Loi sur la clarté, appuyée
par le Nouveau Parti démocratique (NPD), fut le Waterloo de Jean
Chrétien. Le fait que Stephen Harper décide qu'il va
essayer de se sortir de la crise de corruption dans laquelle il se
trouve sur le dos du Québec est signe que son heure arrive lui
aussi. Il est clair que nous devons redoubler d'effort pour faire
avancer la cause du renouveau des institutions démocratiques,
pour en finir avec le blocage par les vieux arrangements.
Le PMLQ appuie la position prise par l'Assemblée
nationale que 50 % plus un est suffisant dans un
référendum sur l'exercice du droit du Québec
à l'autodétermination. Le droit à la
souveraineté signifie nécessairement le droit d'exercer
son pouvoir décisionnel sans ingérence extérieure.
De plus, le PMLQ croit qu'il est grand temps que le peuple du
Québec mette fin une fois pour toutes à
l'ingérence du gouvernement fédéral dans ses
affaires.
Pour informer nos lecteurs sur le sujet, nous
reproduirons deux documents. Le premier, que nous présentons
aujourd'hui, est le rapport de la réunion du Conseil national du
PMLQ le 16 février 1998 lors du renvoi à la
Cour suprême sur la souveraineté du Québec. Demain
nous publierons le mémoire présenté par le PMLQ
à la Commission sur les Institutions de l'Assemblée
nationale du Québec sur le projet de loi 99, pressant le
gouvernement du Québec à aller plus loin et à
renouveler également les institutions politiques, pour que le
peuple soit investi du pouvoir de décider de son avenir, car
c'est la seule façon sûre de régler la question une
fois pour toutes et d'ouvrir la voie au progrès de la
société.
À titre
d'information
Le renvoi à la Cour suprême
sur la souveraineté du Québec
- Parti marxiste-léniniste du Québec, 16 février
1998 -
Le droit du Québec
à l'autodétermination
Une des choses qui caractérisent le débat
qui se mène actuellement autour des délibérations
de la Cour suprême sur le droit du Québec à
l'autodétermination est que les intervenants ne parlent pas de
la réalité concrète du Québec
d'aujourd'hui. Le débat à savoir si le Québec est
une colonie ou si les Québécoises et
Québécois constituent un peuple opprimé dans le
contexte de définitions du dix-neuvième siècle ou
les déclarations à l'effet que le Québec ne peut
pas devenir indépendant parce que le Canada est un pays
démocratique ne clarifient rien en ce qui concerne l'état
de choses aujourd'hui et n'apportent aucune contribution à
ouvrir la voie vers l'avenir. Comment le fait de prouver que le
Québec n'est pas une colonie dans le contexte du
dix-neuvième siècle ou un peuple opprimé victime
de tyrannie dans un sens qui se comprendrait mal dans la
réalité du Canada d'aujourd'hui — comment cela nie-t-il
l'existence du Québec en tant que nation et tous les droits qui
en découlent ? Pourquoi ne pas partir de la
réalité telle qu'elle existe et de là revoir le
passé pour mieux comprendre ce qui est à l'origine de
cette réalité et regarder vers l'avenir pour voir comment
cette réalité peut être façonnée si
le peuple québécois est investi de la
souveraineté, s'il est investi du pouvoir de décider de
tous les aspects de la vie qui le concernent ? Car c'est ce qu'exigent
les temps actuels.
La cause
fédérale devant la Cour suprême
La question de la souveraineté du Québec
fait l'objet de nombreuses interprétations différentes.
Le procureur nommé pour plaider la cause des libéraux
fédéraux a écrit dans un document
déposé à la cour que le Québec n'a pas le
droit de se séparer unilatéralement aux termes du droit
canadien ou du droit international. Il prétend que si le Oui
l'emporte au référendum, il n'appartiendrait pas au
Québec de décider de ses frontières.
Enfin, il soutient que le peuple québécois
est un peuple uniquement « dans le sens sociologique, historique
et politique du terme et il peut y avoir d'autres groupes, au
Québec et ailleurs au Canada, qui constituent un peuple dans ce
même sens ».
Cela ne laisse aucun doute sur le fait que les
libéraux de Jean Chrétien se servent de la Cour
suprême dans le but politique de justifier la prise de mesures
légales contre le peuple québécois s'il
décide d'affirmer sa souveraineté. Il y a amplement de
preuves qui montrent que le but des libéraux
fédéraux n'est pas de résoudre la crise
constitutionnelle, mais de donner une légitimité
juridique à leur propre interprétation de la situation.
En demandant à la Cour suprême de statuer
sur la légalité de la sécession du Québec
en se basant sur la Constitution, qui est plus limitative que le droit
constitutionnel, ils tentent d'entraîner la Cour suprême
dans une affaire politique. Cela ne fera que discréditer la Cour
suprême, prouver qu'elle agit pour le compte des libéraux.
Le fait que les neuf juges de la Cour suprême soient
nommés par le gouvernement fédéral, et que deux
d'entre eux aient été nommés par Jean
Chrétien lui-même depuis que cette affaire a
commencé, ne fera qu'alimenter la crise de
crédibilité en raison de l'impartialité de la Cour
suprême. Beaucoup prédisent que cette cause sera le
Waterloo des libéraux fédéraux, ne serait-ce que
du point de vue de la crédibilité.
Des définitions du
dix-neuvième siècle
La cause des libéraux fédéraux est
entièrement basée sur des définitions du
dix-neuvième siècle à un moment où le
Canada s'apprête à entrer dans le vingt-et-unième
siècle. Ils s'efforcent entre autres de rescaper des notions
coloniales britanniques du dix-neuvième siècle qui
mêlent citoyenneté et nationalité et se refusent
à tirer les conclusions qui s'imposent du développement
historique.
La citoyenneté, c'est l'appartenance à un
corps politique, tandis que la nationalité s'acquiert par
héritage. La réalité objective d'aujourd'hui veut
que tous les Québécoises et Québécois
soient des citoyens ou résidents canadiens, en plus d'être
des résidents du Québec. Ceci dit, ils ont
également une nationalité. Souvent, parce qu'on veut
contourner le problème de la nationalité et les droits
qui appartiennent aux minorités nationales que comprend le corps
politique québécois, on décrit la majorité
de celles et ceux qui constituent la population
québécoise comme étant « française
» ou comme faisant partie du « peuple fondateur
français ». On les définit comme étant les
«francophones » et les autres seraient des «
anglophones » ou des « allophones ». C'est ainsi
qu'on divise le corps politique en fonction de la langue ou de
l'origine ethnique pour ensuite attiser les passions sur cette base. On
pousse la division en s'attaquant aussi au droit de conscience. Au lieu
de respecter le droit de conscience de chacun sur les questions qui
concernent l'ensemble du corps politique, comme par exemple sur
l'avenir du Québec, on divise le corps politique entre «
séparatistes» et « fédéralistes
». Le trait le plus caractéristique de la campagne
d'« unité » des libéraux
fédéraux est de donner l'impression que tous les
souverainistes sont des « séparatistes » qui veulent
la « destruction du Canada », des « traîtres
» et des « ennemis ».
On crée l'impression que les « francophones
» ont tendance à être souverainistes ou «
séparatistes », mais qu'ils sont divisés, alors que
les « anglophones » et les « allophones »
auraient intérêt à être
«fédéralistes ».
Être souverainiste voudrait dire ipso facto être
séparatiste,
sans égard au fait qu'un peuple souverain
pourrait très bien décider de ne pas se séparer.
Le concept de peuple
Aujourd'hui le concept de « peuple »
possède un sens ethnique et un sens civil. Dans le sens
ethnique, le droit d'un peuple à sa langue et à sa
culture doit être garanti et toutes les conditions
nécessaires doivent être créées pour
l'exercice de ce droit en pratique. Si le droit des minorités
à leur langue et leur culture est garanti, elles voudront la
même chose pour la majorité dont elles dépendent de
l'ouverture d'esprit. Si la majorité s'accorde plus de droits
qu'aux autres suivant la logique que le droit dépend de la
grandeur et de la force, elle viole la conception même du droit.
Le principe directeur est celui de l'égalité qui veut que
le bien-être de l'ensemble dépende du bien-être de
ses composantes et vice versa, et que l'ensemble est plus que la somme
de ses parties.
Dans le sens civil, tous les membres du corps politique
doivent être considérés comme égaux. Ils
sont membres du corps politique à titre individuel, non pas en
raison de leur nationalité. C'est le principe de la
citoyenneté et il ne peut être teinté d'aucune
autre considération, qu'il s'agisse de l'origine nationale, la
religion, la langue, la race, les convictions politiques, le sexe,
l'âge, la richesse ou les capacités.
Investir le peuple
souverain du pouvoir souverain
Investir le peuple souverain du pouvoir souverain et
reconnaître le droit de ce peuple souverain à
l'autodétermination sont les pierres angulaires de la
démocratie moderne. Comment ce pouvoir souverain est
exercé est une préoccupation centrale de tout corps
politique qui se veut moderne et démocratique.
Comment peut-on se servir d'une question aussi
importante que le désir constant d'un peuple de renouveler la
façon dont il exerce son pouvoir souverain pour diviser le corps
politique et attiser les passions ? Au lieu de soumettre ce point
d'intérêt légitime du débat public aux
caprices de la propagande partisane, il faudrait en faire l'objet d'une
recherche publique assidue et cela devrait être au programme
d'enseignement depuis le primaire jusqu'à l'université.
La composition du peuple
québécois
Les libéraux fédéraux veulent nier
que le peuple québécois est un peuple pour pouvoir
continuer de nier son droit à l'autodétermination. Or, un
examen même superficiel de la population du Québec montre
que la majorité est constituée de personnes nées
québécoises dont l'origine remonte aux femmes et aux
hommes qui ont créé la nation du Québec par leur
travail. L'histoire de cette nation remonte à
l'établissement de la colonie française et de sa
conquête par les Britanniques aux termes du Traité de
Paris de 1763. Les Britanniques qui, pour justifier la suppression de
la nation du Québec comme condition pour la création
d'une fédération canadienne, ont proclamé la
théorie des deux peuples fondateurs, l'un «
français », l'autre « anglais », ont
mystifié la nationalité des habitants, des voyageurs et
de leurs descendants qui ont ouvert et bâti le pays pour ainsi
nier leur lutte pour devenir une nation.
La désignation d'un « peuple fondateur
français » peut faire référence au fait que
le Québec avait été une colonie de la France, mais
n'est certainement pas une description exacte des origines du peuple
québécois au moment de la Confédération.
Les Britanniques ont inventé cette expression uniquement pour
nier que le Québec était en train de devenir une nation
en raison d'une communauté de territoire, de population, de
langue, de psyché et de développement économique.
Les habitants du Québec avaient donné naissance à
une population indigène née et élevée sur
le nouveau territoire. Mis à part ceux qui étaient des
descendants de France, il y en avait qui provenaient de la Belgique et
d'autres nations européennes, dont bon nombre d'Irlandais (la
plupart catholique mais aussi des protestants), il y avait les
autochtones qui eux-mêmes provenaient de différentes
nations, des loyalistes, un certain nombre d'Afro-Américains
venus des États-Unis avec les loyalistes ou par le «chemin
de fer clandestin » et des habitants d'autres colonies. Cette
population indigène comprenait aussi un certain nombre
d'Acadiens qui avaient été expulsés de leurs
terres, etc. Et aujourd'hui elle comprend en plus des gens de
différentes nationalités d'Europe, d'Asie, d'Afrique,
d'Amérique latine et du reste du Canada venus s'établir
plus récemment.
Les définitions du
dix-neuvième siècle des libéraux
fédéraux
Dans son document présenté à la
Cour suprême, le procureur plaidant la cause
fédérale se base sur des définitions qui ne
clarifient rien quant aux droits qui sont l'attribut d'un citoyen ou
quant aux droits qui sont l'attribut d'une nation. Par exemple, en
anglais le mot people est souvent utilisé pour
vouloir dire population.
Les traducteurs du français à l'anglais
lui donnent souvent cette signification lorsqu'ils traduisent le mot
français « peuple ». Même dans des documents
officiels, comme la Constitution et l'Accord de Charlottetown par
exemple, les mots utilisés dans le texte anglais ont une
signification différente de ceux utilisés dans le texte
français.
Cela s'explique en partie par le fait que les langues
elles-mêmes sont influencées par le développement
historique. Dans le développement historique anglais il n'y a
jamais eu de révolution démocratique comme il s'en est vu
en France en 1789. Aux termes du common law anglais, tout le
monde en Grande-Bretagne était considéré comme des
« Free Britons ». La notion de citoyenneté est
apparue lorsque le féodalisme a été
renversé et que les hommes de propriété ont acquis
le droit d'élire et d'être élu. La «
citoyenneté » appartenait à celui qui était
membre du corps politique qui, à l'époque, était
exclusivement réservé aux hommes de
propriété. La Grande-Bretagne était
constituée de « Free Britons » et de «
citoyens ». Tous les « Free Britons »
n'étaient pas citoyens, mais tous les citoyens étaient
des « Free Britons ».
Lorsque le suffrage devint universel, tous les membres
du corps politique étaient reconnus comme citoyens, mais
l'État britannique n'a jamais modernisé ses
définitions de sorte à distinguer clairement entre
citoyenneté et nationalité. Ce refus de modernisation
servait un but précis : imposer l'État britannique
à des peuples de nationalités différentes. Par
exemple, bien que les Écossais et les Gallois soient citoyens
britanniques, ils ne sont pas Anglais. Il n'y a pas, contrairement
à ce que prétend l'État britannique, de «
nationalité britannique ».
Se dire britannique c'est uniquement faire état
du fait qu'on est citoyen de Grande-Bretagne. Aujourd'hui, à
part les Écossais, les Gallois et les Irlandais du nord de
l'Irlande, des gens d'origines indiennes, pakistanaises, arabes et de
nombreuses autres sont dits citoyens « britanniques », mais
ils ne perdent pas pour autant leur nationalité.
On retrouve la même situation dans des pays comme
l'Inde où l'on refuse de reconnaître les
réalités concrètes en partant de
définitions modernes. Sous prétexte de défendre
« l'unité nationale et l'intégrité
territoriale » de l'Union indienne, on intensifie l'oppression
des nations, nationalités et populations tribales de l'Inde.
Au Mexique on refuse de régler le problème
des nations indigènes qui furent supprimées à
l'époque de la Conquête et encore avec la création
d'un État-nation mexicain moderne. La lutte du peuple du Chiapas
n'est que le début de l'éruption du volcan qui s'est
créé à cause de cette suppression. On retrouve des
situations semblables partout dans le monde aujourd'hui.
C'est essentiellement la même situation qu'on
retrouve au Canada. Être « Canadien » fait
strictement référence à la citoyenneté. On
ne perd pas pour autant sa nationalité. Un citoyen canadien qui
réside au Québec fait quand même partie de la
nation du Québec. Le fait d'être canadien ne nie pas
l'existence de la nation du Québec.
La réalité demeure que la
fédération canadienne actuelle fut créée en
supprimant non seulement la nation du Québec, mais aussi toutes
les Premières Nations. Le Québec n'est peut-être
pas une colonie au sens propre comme il l'était à
l'époque où il appartenait à la France ou à
l'Empire britannique, avant la Confédération, et le
peuple québécois n'est peut-être pas un peuple
opprimé victime d'une tyrannie au sens colonial du
dix-neuvième siècle, mais il est une nation
opprimée qui fut subjuguée pour réaliser les
ambitions de bâtisseurs d'empires britanniques des Pères
de la Confédération canadienne. Au lieu de se satisfaire
de définitions de souveraineté, de nationalité et
de droits appartenant à une nation souveraine datant du
dix-neuvième siècle, il faut aujourd'hui rechercher des
arrangements modernes qui correspondent à la
réalité d'aujourd'hui.
En héritant de la tradition coloniale
britannique, la Constitution canadienne actuelle et tous les
arrangements et institutions qui mêlent citoyenneté et
nationalité perpétuent la division du corps politique en
accordant à certaines nationalités, à certaines
langues et à certaines cultures plus de droits qu'à
d'autres et en « tolérant » les autres, dans la plus
pure tradition britannique du « fardeau de l'homme blanc ».
Jusque dans les années vingt cela a servi à justifier les
politiques assimilatrices. Bien qu'aujourd'hui ces pratiques et
politiques soient discréditées, il n'en demeure pas moins
que ce qu'on appelle « multiculturalisme » perpétue
la notion qu'une fois qu'on devient citoyen canadien, on doit accepter
de dénigrer sa nationalité, sa langue et sa culture. Si
à l'époque de la Confédération on a
utilisé la notion de « deux peuples fondateurs »,
aujourd'hui le corps politique est divisé entre «Anglais
et Français », « autochtones », «
groupes ethniques » et « minorités visibles ».
La catégorie « Anglais et Français » a son
origine dans la notion de « peuples fondateurs » et n'est
rien d'autre qu'un concept chauvin utilisé pour justifier les
arrangements imposés par les Pères de la
Confédération au dix-neuvième siècle. Avec
la catégorie « autochtones » on nie les origines
nationales des peuples des Premières Nations et les «
groupes ethniques » sont strictement une référence
folklorique. La catégorie « minorités visibles
» est une notion raciste, en plus de nier l'origine ethnique de
gens dont la couleur de la peau est différente.
Quant au Québec, il est modelé autant sur
les traditions héritées de l'expérience coloniale
anglaise, sur laquelle le Canada est basée, que sur les
traditions héritées de la Révolution
française.
Avec la Révolution française et le
renversement de l'absolutisme français, le mot peuple est devenu
synonyme de nation : la nation française était la
République et toutes les Françaises et tous les
Français étaient déclarés citoyens de la
République. C'est avec cette même définition que
les habitants de la colonie du Québec se sont soulevés
dans une rébellion pour tenter de renverser la domination
britannique en 1837. Il y eut de ces luttes pour conquérir la
libération nationale partout dans les Amériques au
début du dix-neuvième siècle.
Les colonies d'Amérique du Nord britannique
conquirent, elles, ce qu'elles appelèrent le «gouvernement
responsable ». Même après la
Confédération elles demeuraient un Dominion de la
Grande-Bretagne. Parce que le Québec était aussi une
colonie britannique intégrée au Dominion par les
Pères de la Confédération, il a
hérité des institutions basées sur cette
même tradition.
Si ce sont là les origines du conflit actuel, les
origines et la réalité actuelle ne sont pas la même
chose. Les principes qui définissent la citoyenneté et la
nationalité demeurent valables, mais leur application n'a pas
été modernisée conformément aux
développements concrets. Non seulement mêle-t-on
constamment la citoyenneté, qui décrit l'appartenance de
l'individu au corps politique, avec les notions d'ethnicité et
incite-t-on à la division sur cette base pour marginaliser le
peuple et ghettoïser les minorités, mais cette confusion
est exploitée pour nier le droit du Québec à
l'autodétermination.
La nation du Québec
Pour parer à tout, le procureur
fédéral soutient que le Québec (non pas le peuple
québécois, notez bien) exerce déjà son
droit à l'autodétermination au sein de la structure
fédérale canadienne et que s'il agissait à
l'extérieur de cette structure cela serait illégal.
« Le Québec exerce le droit à
l'autodétermination sur le plan intérieur par un
partenariat à part entière dans les institutions
gouvernementales au sein du Canada. Or, l'autodétermination
n'inclut pas le droit à l'indépendance par rapport
à un État démocratique comme le Canada »,
soutient-il. Au lieu de réclamer que le Canada soit
effectivement basé sur des arrangements démocratiques qui
servent les besoins du corps politique à l'aube du
vingt-et-unième siècle, l'avocat fédéral
cherche à glorifier le Canada actuel. Il faut élaborer
plus à fond pourquoi le Québec est une nation et qu'il a
de ce fait des droits et voir comment on peut donner à ces
droits une définition moderne.
Pour affirmer sa souveraineté sur une base
moderne, le Québec doit exercer son droit à la
souveraineté en se constituant en un État-nation moderne
dans lequel toutes les résidentes et tous les résidents,
quels que soient l'origine nationale, la langue, la religion, les
convictions politiques, la race, le sexe, les capacités ou les
richesses, doivent s'assurer que leur citoyenneté leur permette
d'exercer leur droit de gouverner leur société et de
décider des choses qui les concernent. Ils devront doter leur
nouvel État-nation d'une constitution qui enchâsse les
droits de tous, ce qui comprend non seulement les droits de
citoyenneté, mais aussi l'égalité des langues et
des cultures, l'égalité des sexes et tous les autres
droits qui rendent possible pour les membres du corps politiques de
s'humaniser et d'humaniser leur environnement social et naturel.
Si, par contre, on nie que les Québécoises
et Québécois forment un peuple, comme le font les
libéraux fédéraux, alors évidemment leur
droit à l'autodétermination est remis en question. Le
Québec est réduit au statut d'une province comme les
autres. Si, de surcroît, on nie les droits de la nation et du
peuple du Québec en donnant à la souveraineté un
sens étroit, basé sur les institutions actuelles de la
démocratie représentative devenues anachroniques et
discréditées, alors on oublie la raison pour laquelle il
est nécessaire d'affirmer la souveraineté du peuple.
Par les arguments qu'il présente, le procureur
fédéral se fourre dans un guêpier. Il est
démontrable qu'à chaque tournant important de l'histoire
en ce qui concerne la constitution canadienne, des arrangements ont
été imposés au Québec sans le consentement
de son peuple ou de son assemblée législative (L'Acte
d'Union de 1840, l'Acte de l'Amérique du Nord
Britannique de 1867, la Loi constitutionnelle de
1982). C'est entre autres la cause qu'a défendue le premier
ministre du Québec Lucien Bouchard en s'adressant aux
étudiants de l'Université de Montréal le 13
février. De plus, la Constitution comme telle n'est pas la somme
du droit constitutionnel, un fait qu'ont bien démontré le
Bloc québécois, des membres du PQ, des professeurs et
intellectuels québécois, des juristes et de nombreux
autres intervenants au Québec.
Site
web: www.pmlq.qc.ca
Courriel: bureau@pmlq.qc.ca
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