Numéro 20 - 23 octobre 2013


Discussion sur le projet de charte des valeurs

Les valeurs chères à Stephen Harper

Articles précédents
   
 
Les manigances juridiques fédérales autour de la « loi sur la clarté »
 
Le gouvernement Harper cherche à se sortir de la crise de corruption en attaquant le Québec et les Premières Nations

Le besoin d'investir le peuple du pouvoir souverain
  
   
De la boîte à courriel
Un besoin de surmonter
l'étroitesse d'esprit


Sur le projet de charte des valeurs québécoises
  
Conseil national du PMLQ
 
À propos des accommodements
dits raisonnables

    
La société doit définir les droits sur une base moderne
  
La difficulté d'en arriver à un consensus
  
Une hésitation à proposer les changements novateurs qui mèneront l'élargissement de la démocratie à sa conclusion logique
   
Aujourd'hui c'est seulement en garantissant les droits humains que les droits des minorités peuvent être protégés
En plus de contester la loi 99 adoptée par l'Assemblée nationale du Québec il y a 13 ans pour réaffirmer les droits et prérogatives du peuple et de l'État québécois, le gouvernement de Stephen Harper menace également de contester la constitutionnalité d'une charte des valeurs québécoises. Dans ce contexte, Chantier politique a pensé qu'il serait utile d'informer nos lecteurs sur les valeurs que soutient le premier ministre canadien Stephen Harper.

Stephen Harper a abordé cette question dans un article paru dans le Citizens Centre Report Magazine en juin 2003. C'était en vue de la fusion prochaine de l'Alliance canadienne, anciennement le Reform Party, et le Parti progressiste conservateur. Stephen Harper énonce en détails les valeurs qu'il dit être celles du conservatisme social. Il discute de la « formation de coalitions » et souligne qu'il est possible de créer une « coalition d'électeurs » et de les attirer avec une « coalition d'idées ». Il dit :

« En quoi consiste une 'coalition conservatrice des idées' ? En fait, le conservatisme et les partis conservateurs, tels que nous les connaissons depuis des décennies, ont toujours été des coalitions. Bien que ces coalitions soient complexes et changent continuellement, deux éléments distinctifs sont identifiables depuis longtemps. Ted Byfield appelle ces factions 'néoconservatrices' et 'théo-conservatrices'. On les appelle plus couramment conservatisme économique et conservatisme social. Plus exactement, elles sont appelées libéralisme classique, ou libéralisme des Lumières, et conservatisme classique ou conservatisme burkien. »

Il est clair que ces valeurs dites néoconservatrices sont en réalité une variante du néolibéralisme qui se base sur la définition des droits de la période de la guerre froide, c'est-à-dire sur une définition anticommuniste. Il dit :

« Celle appelée 'conservatisme économique' vient en effet du libéralisme classique. Sa valeur principale est la liberté individuelle, et à cette fin, elle met au premier plan l'entreprise privée, le libre-échange, la tolérance religieuse, le gouvernement limité et la primauté du droit.

« L'autre philosophie est le conservatisme burkien. Sa valeur principale est l'ordre social. Elle insiste sur le respect des coutumes et des traditions (traditions religieuses surtout), l'association volontaire et la modération personnelle renforcée par des sanctions morales et juridiques sur le comportement.

« L'essence de ce conservatisme, selon Russell Kirk, est : « la préservation des anciennes traditions morales de l'humanité. Les conservateurs respectent la sagesse de leurs ancêtres : ils se méfient des transformations importantes. Ils pensent la société comme une réalité spirituelle, possédant une vie éternelle, mais une constitution délicate : elle ne peut pas être démolie et refondue comme s'il s'agissait d'une machine. » »

Voilà l'anticommunisme de la guerre froide. La répétition du stéréotype ne fait rien pour expliquer comment se posent les problèmes auxquels la société est confrontée et comment les résoudre. Dans son discours, Stephen Harper dit que, au XIXe siècle, les forces opposées du « libéralisme des Lumières » et du « conservatisme burkien » se sont retrouvées unies à cause de deux forces différentes : « la résistance à un ennemi commun et l'attachement à des idées largement partagées ». Il explique quelles sont ces forces :

« L'ennemi commun était la montée du socialisme radical sous ses diverses formes. Dans ce contexte, les conservateurs burkiens et les libéraux classiques ont découvert leur attachement à un noyau d'idées communes. Les deux groupes favorisaient la propriété privée, le gouvernement de petite taille et l'appui sur la société civile plutôt que sur l'État pour résoudre les dilemmes sociaux et créer des processus sociaux. Au pays, les deux groupes résistaient à ceux qui étaient pour la propriété publique, l'intervention étatique, la redistribution égalitaire et la promotion des valeurs humanistes laïques par l'État. Au niveau international, ils s'opposaient sans équivoque aux ennemis extérieurs — le fascisme, le communisme et le socialisme totalitaire sous toutes ses formes. »

Stephen Harper affirme que pendant « des décennies, les partis conservateurs ont été des coalitions efficaces, souvent dominantes, dans les démocraties occidentales », puis le conservatisme a subi un déclin. Il attribue l'incapacité du conservatisme à faire des progrès, non seulement au Canada mais partout dans le monde, au succès de la « révolution Reagan-Thatcher » :

« La révolution de Reagan-Thatcher a connu un tel succès que le consensus traditionnel de la social-démocratie et de la gauche libérale a été neutralisé durablement dans plusieurs pays démocratiques. Au pays, le consensus gauche-libéralisme, le consensus social-démocrate, a été sapé, poussant ces partis à tout simplement cesser de lutter et à adopter une grande partie de l'ordre du jour conservateur gagnant. Les socialistes et les libéraux ont commencé à soutenir l'équilibre budgétaire, la supériorité des marchés, le démantèlement des programmes sociaux, le libre-échange et une certaine privatisation. En même temps, la chute du mur de Berlin a marqué l'effondrement du communisme soviétique comme force mondiale, privant les conservateurs de tous bords d'un ennemi commun. »

Tout au long de son discours, Stephen Harper parle du fait qu'entre ces partis il n'existe pas de différence de fond sur le front de l'économie. Le problème, dit-il, n'est donc pas économique, mais moral. À ses propres fins intéressées, il traite le libéralisme de nihilisme moral et attribue à son obsession de contrôle et de domination une mission présumée plus noble. Il dit :

« Le vrai défi n'est donc pas économique, il réside dans l'ordre du jour social de la gauche moderne. Dans ses rangs, son système de relativisme moral, de neutralité morale et d'équivalence morale commence à dominer le débat intellectuel et le débat sur les objectifs de politique publique. [...] Elle a transcendé l'ancienne morale socialiste et même le relativisme moral pour arriver à quelque chose de beaucoup plus sombre ; un nihilisme moral -- le rejet de toute tradition ou convention, un postmarxisme avec de profonds ressentiments, voire une haine des normes de liberté et de démocratie de la civilisation occidentale.

« Cette descente vers le nihilisme [...] conduit à des stupidités comme la neutralité morale sur l'utilisation de la marijuana ou de drogues plus dures, et des croisades morales arbitraires contre le tabac. Cela explique l'absence de censure de toutes sortes de travers moraux individuels, à atténuer des comportements criminels avec indignation morale contre la société bourgeoise, qui est aussi blâmée pour les comportements déviants. [...] Elle conduit à des opinions allant de l'individualisme radical dénué de responsabilités au tribalisme sous la forme des droits collectifs. »

Pour Stephen Harper, face à cette situation, les conservateurs doivent « redécouvrir leur cause commune et faire en sorte que notre coalition s'ajuste à la nature du monde de l'après-guerre froide ». Il dit que depuis l'effondrement de l'Union soviétique et du « bloc de l'Est » :

« Le véritable ennemi n'est plus le socialisme. Le socialisme en tant que véritable programme économique et foi motrice est mort. Bien sûr, il y a encore beaucoup d'étatisme économique et de gens qui dépendent du gouvernement. En même temps, la philosophie économique de la gauche-libérale moderne est maintenant le corporatisme. Le corporatisme est l'utilisation de la propriété privée et des marchés pour atteindre des objectifs dictés par l'État. Ses outils sont les subventions, le partenariat public-privé et les fonds d'investissement de l'État. C'est souvent une mauvaise politique, mais elle se rapproche plus de l'économie conservatrice classique que du socialisme authentique. »

Alors que pour les travailleurs, la direction de l'économie et la stabilité pendant et après leur vie active sont la question la plus préoccupante et que la résolution de ce problème en leur faveur garantira le bien-être et l'avenir de leurs régions et de leurs familles, Stephen Harper déclare que ce n'est pas le « vrai défi » et que le problème est l'ordre du jour social de la « gauche moderne ».

« Sur un large éventail de questions de politique publique, notamment les affaires étrangères, la justice pénale et les services correctionnels, la famille et les soins à l'enfant et les services de santé et sociaux, les valeurs sociales sont de plus en plus les vrais enjeux. [...] En fait, le véritable ordre jour et les problèmes cruciaux sont passés du terrain économique à celui des valeurs sociales, alors les conservateurs doivent faire la même chose. »

Il ajoute :

« Les conservateurs ont besoin de redécouvrir le conservatisme burkien, le conservatisme social, car de plus en plus de faits attestent des effets dévastateurs de l'État-providence sur nos institutions les plus importantes, en particulier la famille. Les conservateurs doivent consacrer beaucoup plus d'effort à lutter contre le danger que représentent les libéraux modernes pour cette pierre angulaire de notre société. »

Stephen Harper donne les exemples du refus des libéraux d'interdire la pornographie juvénile, d'augmenter l'âge du consentement sexuel, de fournir des « choix en matière d'éducation » et de renforcer l'institution du mariage. « Tous ces éléments sont essentiels à un programme conservateur », dit-il. « Nous comprenons, quoique de manière imparfaite, le concept de moralité, l'idée que les règles morales forment une chaîne de droits et de devoirs, et que la politique est une affaire de morale. »

Harper soutient que cet « ordre du jour » exige un « jugement politique rigoureux ». Il explique que « les questions doivent être choisies avec soin. [...] Les questions sociales conservatrices que nous choisissons ne devraient pas être dénominationnelles, mais devraient unir les conservateurs sociaux de différentes écoles et même des différentes religions. [...] En second lieu, nous devons accepter que les gains réels seront inévitablement progressifs. » Il traite à la légère le départ de vieux « conservateurs rouges », comme David Orchard et Joe Clark, et dit qu'avec des positions fortes, de nouvelles personnes seront attirées. Parmi ces « nouvelles personnes », il y a « beaucoup d'électeurs libéraux traditionnels, en particulier ceux des communautés ethniques et immigrantes clés, [qui] seront attirés par un parti qui a de fortes valeurs traditionnelles et familiales. »

Dans sa conclusion, Stephen Harper soutient que la « redécouverte de l'ordre du jour conservateur » exige que le parti « maintienne la coalition d'idées qui est l'héritage du libéralisme éclairé et du conservatisme burkien. Cependant, la réalité contemporaine demande que nous réaffirmions la tradition burkienne comme un élément clé de notre programme conservateur. En d'autres termes, tout en conservant notre orientation sur les questions économiques, nous devons accorder une plus grande place aux valeurs sociales et au conservatisme social, définies de manière larges et clairement comprises. »

Les lecteurs peuvent voir le « choix » que Stephen Harper présente -- entre ce qu'il appelle le conservatisme social dans la tradition de Burke et le libéralisme qu'il définit comme un relativisme dégénéré et nihiliste sans principes. Le PMLQ pense que la lutte entre ces deux variantes, le conservatisme et le libéralisme, n'est pas le choix qui se présente aujourd'hui. Aujourd'hui, ce que veulent les travailleurs, qui sont la majorité dans la société, doit être établi par eux, selon la réalité concrète et leur conception. Ils exigent une société centrée sur l'humain qui garantit leurs droits et non la propriété privée des monopoles. Si cela n'est pas le point de départ de la discussion, le choix qui s'offre aux travailleurs est d'adhérer soit aux valeurs conservatrices, soit aux valeurs libérales. Les conservateurs, à leurs propres fins, présentent leurs valeurs comme les valeurs de la tradition, de la justice et de la stabilité. Dans la pure tradition hitlérienne, ils présentent les valeurs libérales comme étant dégénérées. Les libéraux ripostent en présentant leurs valeurs comme étant progressistes, ouvertes d'esprit, flexibles et favorisant la paix sociale, et les valeurs conservatrices comme médiévales. C'est un faux débat, parce que le monde d'aujourd'hui n'a pas besoin des considérations conservatrices ou libérales, il a besoin de considérations centrées sur l'humain dans tous les secteurs d'activité -- l'économie, la politique et la politique sociale doivent toutes être axées sur la garantie des droits qui appartiennent à tous à cause de leur humanité. Si cette conception est le guide de la pensée et de l'action, alors les problèmes de la société seront résolus de manière durable.


Les différentes prises de positions dans le débat sur
le projet de charte des valeurs québécoises

  
Position des partis politiques
 
Position des syndicats
 
Opinions des organisations sociales
 
Tentative de compromis
 
Manifeste pour un Québec inclusif
  
Rassemblement pour la laïcité

Matériel de référence
  
Les propositions du gouvernement
  





Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca




Site web: www.pmlq.qc.ca Courriel: bureau@pmlq.qc.ca