Numéro 21 - 24 octobre 2013


Commémoration du 175e anniversaire de l'insurrection
des patriotes de 1838 à Napierville

Se réapproprier l'histoire pour l'avènement de la République moderne du Québec

La Société d'histoire des XI tenait une foire patrimoniale intitulée Du rêve à l'exil les 19 et 20 octobre dernier à Napierville, en Montérégie, en commémoration du 175e anniversaire de l'insurrection des patriotes de 1838 et de la proclamation d'indépendance de la République du Bas-Canada à cet endroit le 4 novembre de la même année.


Au programme de la foire patrimoniale il y avait des conférences d'historiens et de généalogistes de Napierville, de la Société d'histoire de Laprairie-de-la-Magdeleine, de la Société d'histoire de Chambly et Châteauguay, d'historiens, d'écrivains et professeurs d'histoire de l'Université du Québec à Montréal et du cégep du Vieux-Montréal, des représentants du Musée national des patriotes et d'un groupe de reconstitutions historiques. Une exposition de livres historiques sur l'histoire des patriotes de la Montérégie, des loyalistes et volontaires du gouvernement de l'empire britannique, une maquette de la reconstitution de la bataille d'Odelltown (aujourd'hui Lacolle) et quelques artefacts ont apporté un élément visuel de l'insurrection de 1838.

L'objectif de la foire patrimoniale était de briser le silence sur les batailles pour la République du Bas-Canada qui se sont déroulées du 3 au 10 novembre 1838. Un énorme travail est mené pour réhabiliter l'histoire du mouvement patriote dans toute la Montérégie, particulièrement l'histoire de l'insurrection de 1838. Treize panneaux ont été dévoilés qui soulignent les événements et lieux historiques de 1838 dans la municipalité de Napierville et un projet est en cours pour créer des parcours historiques à travers toute la Montérégie. Ces parcours et panneaux historiques seront identifiés du drapeau de la République du Bas-Canada arboré par les Frères-chasseurs, le drapeau blanc ornés de deux étoiles azurs. (Voir ci-contre). C'est tout le parcourt patriote qui est à tracer, des assemblées aux batailles de Longueuil, Boucherville et Chambly, de Napierville, Sherrington et Hemmingford pour se terminer par Saint-Philippe, Saint-Mathieu, Saint-Constant, Laprairie, jusqu'à Châteauguay.

La réappropriation de l'histoire est dans tous ses détails et un travail de généalogie permet de mettre un nom sur les familles patriotes et loyalistes de 1838 et leurs descendants d'aujourd'hui. L'histoire du passé s'ancre dans le territoire d'aujourd'hui pour souligner autant la Proclamation d'indépendance de la République du Bas-Canada par Robert Nelson le 4 novembre 1838 à Napierville que les batailles et la défaite des patriotes à Odelltown, à la Rivière-à-la-Tortue (Saint-Philippe, Saint-Constant, Delson, Candiac) et à Sainte-Martine (Châteauguay). L'histoire de résistances des femmes et enfants suite aux arrestations, exécutions et condamnations à l'exil des patriotes par les volontaires et l'armée britannique est particulièrement mémorable.

Une suggestion a été faite par l'animateur des conférences, M. Gilles Laporte, de consacrer la ville de Napierville Capitale des patriotes. M. Laporte, qui est historien et président du Mouvement national des Québécois, a souligné l'importance de la déclaration d'indépendance dans cette ville, mais aussi l'avènement de véritables politiques d'indépendance, comme la création d'une monnaie et de nouvelles politiques de commerce. Cette proposition fut bien accueillie par les gens présents, dont le maire par intérim de la ville Jacques Delisle.

Dans de brefs discours, le député de Sanguinet Michel Therrien et le ministre de l'Enseignement supérieur Pierre Duchesne ont rappelé l'importance des événements et du besoin de souveraineté nationale pour le peuple québécois.


Un monument érigé sur la rue de l'Église à Napierville à la mémoire
des chefs patriotes présents au grand camp de Napierville, du 3 au
10 novembre 1838

En plus des conférences, des kiosques, des diaporamas, livres et brochures disponibles, il y avait des reconstitutions historiques effectuées par la Société de reconstitution du Bas-Canada. Devant le monument dédié à la Proclamation de la République du Bas-Canada, la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada de Robert Nelson a été saluée par les gens présents en scandant : « Vive la république ! » Des tirs d'armes à feu, des sketchs d'escarmouches entre miliciens patriotes et soldats britanniques et une scène d'assermentation d'un nouveau frère-chasseur ont beaucoup plu aux nombreux visiteurs qui sont passés durant la fin de semaine.

Chantier Politique félicite tous les organisateurs de cet événement politique. Tous s'entendent pour dire que les conférences ont été un succès sur toute la ligne. Cette fin de semaine a permis à plusieurs personnes de mieux connaître l'ampleur des événements de 1838 en Montérégie. C'est ce genre d'événements qui contribue à ce que le peuple puisse discuter calmement de son avenir et de prendre en main ses affaires politiques.

Cela permet aussi à tout le monde de se réapproprier son histoire et de se situer dans la bataille toujours présente pour la République moderne du Québec.



À titre de référence

Faits saillants des événements de
1838 dans le sud de la Montérégie

Dans la nuit du 26 au 27 février 1838, quelques patriotes font irruption à Potton dans la région de Brome, pour s'emparer des armes des loyaux de l'endroit. Le 28, commandés par Nelson et Coté, quelques centaines de patriotes traversent le lac Champlain avec une longue suite de traîneaux, 1500 fusils et baïonnettes, des munitions et des canons, passent la frontière et font halte à Week's House non loin de Caldwell Manor (Noyan). Robert Nelson, agissant alors comme président de la République du Bas-Canada, rend alors une proclamation d'indépendance en 18 chapitres. À l'arrivée des volontaires de Missisquois, ils doivent repasser la frontière, après quoi Nelson et Coté sont arrêtés et livrés aux autorités des États-Unis.

• L'association des Frères Chasseurs, une organisation secrète et bien structurée, s'organise au Bas-Canada et aux États-Unis et regroupent environ 10 000 adhérents. Ils planifièrent une attaque générale pour le 3 novembre.



Scènes de reconstitution des événements de novembre 1838 à Napierville

• Le 3 novembre, des patriotes, réunis à Saint-Constant, se dirigent vers Laprairie. Arrivés à la Rivière à la Tortue, ils forcent la porte de la maison d'un bureaucrate nommé Vitty qui en hébergeaient d'autres, dont un nommé Aaron Walker qui fut tué.

• Le même jour en soirée, Robert Nelson arrive à Napierville où le docteur Coté et environ 300 patriotes avaient établi un grand camp. Il y est de nouveau proclamé président de la République et prend le commandement des troupes et des opérations. Le 7, ils sont environ 3000. Pour nourrir tout ce monde, le curé Amyot doit remettre aux insurgés le contenu du coffre fort de la fabrique.

• À Beauharnois, dans la nuit du 4 novembre, quelques centaines de patriotes se rendent à la maison du Seigneur Edward Ellice et le font prisonnier ainsi que plusieurs bureaucrates et les amènent à Châteauguay. Le matin du 4, ils s'emparent du navire à vapeur Henry Brougham, en brise les moteurs et font les passagers prisonniers.

• D'autres patriotes quittent Châteauguay, le 4, en direction de Caughawaga (Kahnawake) afin de s'emparer des armes et munitions qui se trouvaient dans la réserve amérindienne. Ils y furent surpris par des Amérindiens en armes et 65 patriotes furent faits prisonniers.

• Le 6, Nelson se rend près de la frontière de l'État de New York afin de récupérer des armes qui y étaient cachées. À la ferme Bullis, ils rencontrent des volontaires d'Odelltown qui les forcent à retraiter tout en capturant les armes et un canon.


«Le Vieux» d'après Henri Julien, version Denyse Brosseau-
Touchette, artiste de Howick pour la mise en scène de «Les
hivers rouges» à Beauharnois dans les années 1980.

• Le 8, Nelson se dirige avec 600 hommes vers Odelltown (Lacolle) afin de récupérer ce dont les volontaires s'étaient emparés et rétablir les communications avec les États-Unis. Après avoir passé la nuit à Lacolle à cause de la pluie, il attaque les volontaires réfugiés dans l'église méthodistes d'Odelltown. Après deux heures et demie de combat, des renforts bureaucrates arrivant, les patriotes se retirent. Certains, comme Nelson, fuient vers les États-Unis et d'autres retournent à Napierville, ou le 10, les troupes britanniques arrivent dans un village désert, exceptés quelques bureaucrates emprisonnés. Dans les jours qui suivirent, la plupart des maisons de patriotes furent incendiés un peu partout entre le Haut-Richelieu et le Haut-Saint-Laurent.

• Le 17 novembre, près de 400 patriotes sont emprisonnés à Montréal. Une cour martiale s'installa au palais de justice de l'endroit et le premier procès débuta le 28 novembre. Le 8 décembre, Joseph Narcisse cardinal, Joseph Duquette, Jean-Louis Thibert et François-Maurice Lepailleur sont condamnés à être pendus par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive. Les deux premiers le seront le 21 décembre.

• Cinq autres seront pendus le 18 janvier 1839 et cinq encore le 15 février. Le 28 septembre, 58 autres seront exilés en Australie dont la plupart reviendront, à compter de 1844.

(L'Echo des X1 est publié par la Société d'histoire des X1. L'article est tiré du numéro spécial d'octobre 2013.)



Déclaration d'indépendance
du 4 novembre 1838 à Napierville

Cette déclaration d'indépendance de la République du Bas-Canada fut rédigée par Robert Nelson et ses hommes, alors qu'ils étaient réfugiés aux États-Unis. Nelson proclama l'indépendance du Bas-Canada le 28 février 1838 à Caldwell's Manor (Clarenceville), alors qu'il rentrait au pays. Il a ensuite relu celle-ci le 4 novembre à titre de « président de la république du Bas-Canada », à Napierville. Mais, la défaite des patriotes a anéanti le projet de Nelson.

Attendu que le solennel contrat fait avec le peuple Bas-Canada et enregistré dans le livre des Statuts du Royaume Uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le 31e chapitre des Actes passé dans la 31e année du règne du Roi George III, a été continuellement violé par le Gouvernement Britannique, et nos droits usurpés ; et attendu que nos humbles pétitions, adresses, protêts, remontrances contre cette conduite préjudiciable et inconstitutionnelle, ont été faits en vain ; — que le gouvernement britannique ait disposé de notre revenu sans le consentement constitutionnel de notre législature locale, qu'il a pillé notre trésor, qu'il a arrêté et emprisonné grand nombre de nos concitoyens, qu'il a répandu par tout le pays une armée mercenaire dont la présence est accompagnée par la consternation et l'alarme, dont la trace est rougie du sang de notre peuple, qui a réduit nos villages en cendres, profané des temples, et semé par tout le pays la terreur et la désolation ; et attendu que nous ne pouvons plus longtemps souffrir les violations répétées de nos droits les plus chers et supporter patiemment ; — Outrages et les cruautés multiples du gouvernement du Bas-Canada, Nous, au nom du peuple du Bas-Canada, reconnaissant décrets de la divine Providence qui nous permet de renverser le gouvernement qui a violé l'objet et l'intention de sa création de faire choix de cette forme de gouvernement qui rétablira l'emploi de la justice, assurera la tranquillité domestique, pourvoira à la défense commune, augmentera le bien général, et garantira à nous et à notre postérité les avantages de la liberté civile et religieuse ;

Déclarons solennellement :

1. Que de ce jour et à l'avenir, le peuple du Bas-Canada est libre de toute allégeance à la Grande-Bretagne, et que le politique entre ce pouvoir et le Bas-Canada, est maintenant rompu.

2. Qu'une forme républicaine de gouvernement est celle convient le mieux au Bas-Canada, qui est ce jour déclaré être une république.

3. Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada.

4. Que toute union entre l'Église et l'État est par la présente déclarée être dissoute, et toute personne aura le droit d'exercer librement telle religion ou croyance qui lui sera dictée par sa conscience.

5. La tenure féodale ou seigneuriale des terres est par la présente abolie, aussi complètement que si telle tenure n'est jamais existé au Canada.

6. Que toute personne qui prendra les armes ou qui donnera autrement de l'aide au Canada, dans sa lutte pour l'émancipation, sera et est déchargée de toutes dettes ou obligations réelles ou supposées résultant d'arrérages des droits seigneuriaux ci-devant en existence.

7. Que le douaire coutumier est, pour l'avenir, aboli et prohibé.

8. Que l'emprisonnement pour dettes n'existera pas davantage excepté dans certains cas de fraude qui seront spécifiés, dans un acte à être plus tard passé à cette fin par la Législature du Bas- Canada.

9. Que la condamnation à mort ne sera plus prononcée ni exécutée, excepté dans les cas de meurtre.

10. Que toutes les hypothèques sur les terres seront spéciales et pour être valides seront enregistrées dans des bureaux à être établis pour cette fin par un acte de la Législature du Bas-Canada.

11. Que la liberté et l'indépendance de la presse existera dans toutes les matières et affaires publiques.

12. Que le procès par jury est assuré au peuple du Bas-Canada dans son sens le plus étendu et le plus libéral, dans tous les procès criminels, et aussi dans les procès civils au-dessus d'une somme à être fixée par la législature de l'État du Bas-Canada.

13. Que comme une éducation générale et publique est nécessaire et est due au peuple par le gouvernement, un acte y pourvoyant sera passé aussitôt que les circonstances le permettront.

14. Que pour assurer la franchise électorale, toutes les élections se feront au scrutin secret.

15. Que dans le plus court délai possible, le peuple choisisse des délégués, suivant la présente division du pays en comtés, villes et bourgs, lesquels formeront une convention ou corps législatif pour formuler une constitution suivant les besoins du pays, conforme aux dispositions de cette déclaration, sujette à être modifiée suivant la volonté du peuple.

16. Que chaque individu du sexe masculin, de l'âge de vingt et un ans et plus, aura le droit de voter comme il est pourvu par la présente, et pour l'élection des susdits délégués.

17. Que toutes les terres de la Couronne, et aussi celles qui sont appelées Réserves du Clergé, et aussi celles qui sont nominalement la possession d'une certain compagnie de propriétaires en Angleterre appelée « La Compagnie des Terres de l'Amérique britannique du Nord » sont de droit la propriété de l'État du Bas-Canada, et excepté telles parties des dites terres qui peuvent être en possession de personnes qui les détiennent de bonne foi, et auxquelles des titres seront assurés et accordés en vertu d'une loi qui sera passée pour légaliser la dite possession et donner un titre pour tels lots de terre dans les « townships » qui n'en ont pas, et qui sont en culture ou améliorés.

18. Que les langues française et anglaise seront en usage dans toutes les affaires publiques.

Et pour l'accomplissement de cette déclaration, et pour 1e soutien de la cause patriotique dans laquelle nous sommes maintenant engagés avec une ferme confiance dans la protection du Tout-Puissant et la justice de notre conduite, — nous, par ces présentes, nous engageons solennellement les uns envers les autres, nos vies et nos fortunes et notre honneur le plus sacré.

Par ordre du gouvernement provisoire.

ROBERT NELSON, Président





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