Numéro 54 - 23 décembre 201
Discussion sur le projet de loi nº 60 sur les valeurs québécoises


Mémoire à la Commission
des institutions du Québec (suite)

Chantier politique reproduit en tranches le mémoire transmis par le PMLQ à la Commission des institutions du Québec le 20 décembre 2013 sur le projet de loi nº 60, Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes. Voici la troisième et dernière partie. Les deux premières sont parues dans Chantier politique numéro 52 du 21 décembre et numéro 54 du 22 décembre.


Restrictions alimentaires

Pour le PMLQ l'article 30 sur les restrictions alimentaires pose également problème. Selon le projet de loi :

« 30. Afin de favoriser la cohésion sociale ainsi que l'intégration des enfants sans distinction liée à l'origine sociale ou ethnique ou à l'appartenance religieuse, la politique doit notamment prévoir :

« [...] 3 qu'une activité ou une pratique répétée qui tire son origine d'un précepte religieux, notamment en matière alimentaire, ne peut être autorisée si elle a pour but, par des propos ou des gestes, d'amener l'enfant à faire l'apprentissage de ce précepte. »

Dans le monde aujourd'hui il y a de très nombreux régimes, restrictions et philosophies alimentaires liés à différents styles de vie, y compris au Québec. Une société moderne se doit d'étudier et de comprendre les principes de base de l'alimentation, des restrictions diététiques et des pratiques alimentaires. La recherche et l'éducation sont nécessaires pour identifier et combler les besoins modernes en alimentation mais aussi pour établir des normes adéquates pour l'inspection alimentaire, la sécurité et l'hygiène dans la préparation des aliments.

Comprendre l'apport nutritionnel de divers aliments — par exemple, les glucides, les minéraux, les gras et les protéines —, avoir une connaissance approfondie des causes fondamentales des allergies alimentaires, des restrictions et d'une alimentation favorisant un système immunitaire en santé, sont toutes des responsabilités sociales que les gouvernements modernes se doivent d'assumer de façon prioritaire.

Pourquoi l'Assemblée nationale détourne-t-elle l'attention de sa responsabilité sociale de garantir la santé et le bien-être de la population et la sécurité alimentaire en ciblant les habitudes alimentaires des individus ? Qui peut prétendre que la distinction entre viandes pures et impures faite par différentes cultures est basée sur autre chose que des préoccupations sanitaires ? Plusieurs viandes qu'on disait jadis propres l'étaient parce qu'elles provenaient d'animaux qui eux-mêmes s'alimentaient de nourritures saines, telles l'herbe et les céréales qui étaient aussi saines pour les humains. Aujourd'hui, même cette herbe et ces céréales ne sont plus propres à la consommation. Aujourd'hui beaucoup de gens, pas seulement les musulmans et les gens provenant du Moyen-Orient, achètent de la viande halal par souci de santé alimentaire. Pourquoi le gouvernement du Québec ne consacre-t-il pas toutes ses énergies à s'assurer que tous les aliments disponibles au Québec sont cultivés suivant des pratiques qui permettent d'établir de façon scientifiquement vérifiable qu'ils sont complètement sécuritaires pour la consommation humaine ?

Aujourd'hui, la problématique première dans la production alimentaire est l'emprise qu'ont les monopoles sur la production alimentaire, la préparation et la vente des aliments, car ils sont motivés non pas par la responsabilité sociale mais par l'intérêt privé étroit, c'est-à-dire le rendement sur l'investissement. Par exemple, la restauration rapide encourage l'obésité. L'insuffisance des sports récréatifs et des activités physiques organisées à l'école, pour tous et sans frais d'usager, contribue au relâchement de saines habitudes, y compris l'alimentation. La pauvreté prive des familles d'un régime alimentaire nutritif en les obligeant à recourir à des aliments transformés, au sucre, au sodium et aux produits qui, tout en rassasiant, sont néfastes pour la santé. La contamination de l'environnement fait que même l'eau est à risque, et c'est sans compter tous les autres risques que cette consommation représente pour la chaîne alimentaire et la santé humaine.

Nous voyons aussi aujourd'hui une croissance importante des allergies alimentaires causées par de nombreux facteurs qui ne sont pas bien compris à cause du contrôle monopoliste de la production et de la distribution alimentaires. Le manque de contrôle public et de recherche a permis la propagation de méthodes de production et de distribution qui échappent à l'autorité publique, comme les produits alimentaires génétiquement modifiés, le recours aux produits chimiques et aux engrais et la consommation hors saison d'aliments importés de régions lointaines.

Des recherches indépendantes ont montré que certaines mauvaises pratiques affaiblissent les systèmes immunitaires, créent des allergies et bloquent le développement de la production et distribution alimentaires locales, ce qui menace la sécurité alimentaire. Aussi le laxisme dans les normes d'inspection alimentaire et d'hygiène contribue-t-il à la transmission de maladies qui devraient pourtant être facilement contrôlées.

Plutôt que d'assumer ses propres responsabilités pour ce qui est de la sécurité de la chaîne alimentaire, le gouvernement a l'intention, entre autres, d'interdire « une activité ou une pratique répétée qui tire son origine d'un précepte, notamment en matière alimentaire ». Cette activité ou cette pratique, dit-il, « ne peut être autorisée si elle a pour but, par des propos ou des gestes, d'amener l'enfant à faire l'apprentissage de ces préceptes ». Ne sommes-nous pas en droit de questionner le raisonnement derrière ces préoccupations et priorités ?

Une note à la fin du présent mémoire énumère différentes raisons pour lesquelles certains aliments sont considérés comme n'étant pas propres et certaines des restrictions alimentaires que différentes communautés s'imposent pour toutes sortes de raisons. Ce qu'il importe de reconnaître, ce sont les raisons pour ces restrictions alimentaires dites religieuses. La plupart remontent à la codification de règles et de textes pratiqués par diverses sociétés et destinés à protéger la santé et l'hygiène au sein de populations à densité croissante. Dire qu'il s'agit de préceptes religieux est trompeur et mène à des conclusions non fondées.3

Tous les députés à l'Assemblée nationale peuvent-ils affirmer en toute honnêteté qu'ils ont étudié les aspects alimentaires en question et leurs origines et déterminer si ce qu'ils appellent des préceptes religieux ne proviennent pas en fait de préoccupations liées à la santé ?

Pourquoi interdire des restrictions alimentaires pratiquées par diverses cultures et prétendre que ces pratiques viennent de principes religieux alors qu'en fait ce sont des principes visant à promouvoir la santé et l'hygiène publiques ? Une des caractéristiques de la codification des restrictions alimentaires est qu'elle énonce les principes alimentaires devant assurer le bien-être physique de l'individu et de la nation par le biais d'une approche préventive cohérente. Aujourd'hui, les gens dans leur grande sagesse ou par absence de sagesse, c'est selon, adhèrent toujours à ces principes. Si la société moderne transmettait des instructions modernes par le réseau de l'école primaire et secondaire pour que cela fasse désormais partie des connaissances acquises et que les gens percevaient ces instructions comme étant fiables, est-ce que ce ne serait pas la meilleure approche à cette problématique plutôt que de criminaliser les gens qui ne font qu'agir selon leur conscience ?

La réponse appropriée aux habitudes culinaires transmises au fil des siècles dans des conditions géographiques et climatiques données est d'établir des normes publiques de ce que peuvent manger en toute tranquillité ceux qui vivent et travaillent dans les conditions climatiques du Québec sans pour autant s'ingérer dans les préférences des gens issus de différentes cultures et de différentes régions. Il faut surtout s'assurer que tous les membres de la société ont ce qu'il faut économiquement pour avoir accès à une alimentation saine et la confiance que l'État a une approche tournée vers l'avenir pour ce qui est de la production et la sécurité alimentaire, l'inspection des aliments et l'éducation. Par exemple, au Québec, combien de personnes qui ne vivent plus de l'agriculture continuent de consommer de trop grandes quantités de sucre et d'amidon sur la base d'habitudes héritées d'une vie paysanne exigeant une alimentation riche en calories ? Combien le font parce qu'ils n'ont tout simplement pas les moyens de faire autrement ?

Un régime alimentaire trop riche en calories n'est pas convenable, sauf pour ceux qui travaillent dans certaines industries ou en agriculture. Pour ce qui est de la pauvreté — et des restrictions alimentaires qui l'accompagnent — elle n'est jamais convenable, peu importe les circonstances. Si les gens ont les moyens économiques, l'éducation voulue et les possibilités, ils changeront peu à peu leurs habitudes, ou, comme on dit, s'ils ne les abandonnent pas, ce sera à leurs risques et périls. Mais où est le rôle de l'éducation publique et du contrôle de l'activité des monopoles de l'alimentation dans l'identification des régimes alimentaires nécessaires pour avoir une population en santé ? Où est la stabilité économique donnant aux gens accès à une alimentation saine dans laquelle ils ont confiance ? Et surtout, pourquoi l'État devrait-il s'ingérer dans ces questions qui ont à voir avec le mode de vie personnel puisque cela ne fait que causer des torts et ne fait pas avancer la société ? Pourquoi ne pas plutôt assumer sa responsabilité sociale de garantir la disponibilité, la qualité, la sécurité et l'inspection des aliments, la recherche et l'éducation sur les besoins alimentaires de la population pour que les gens puissent décider en toute confiance ce qu'ils peuvent manger ? Cibler les régimes alimentaires particuliers dans les centres de la petite enfance en disant que ce n'est pas économiquement viable de les accommoder tous ou que cela gêne la cohésion sociale et l'intégration, c'est manquer de sérieux. On est loin d'avoir suffisamment de places dans les garderies pour tous les enfants d'âge préscolaire qui en ont besoin. Comment cela facilite-t-il la cohésion sociale et l'intégration ?

En conclusion

En septembre dernier, quand le gouvernement a présenté ses propositions pour une charte des valeurs, le PMLQ a dit qu'il accueillait favorablement l'occasion d'engager tout le corps politique dans des délibérations sur quelles valeurs doivent être à la base du Québec.

Le monde est entré dans une période très complexe et la voie vers l'avant n'est pas évidente. Le besoin de discuter de l'expérience acquise jusqu'à présent et d'en faire le bilan pour répondre aux demandes du présent et ouvrir une voie vers l'avenir n'a jamais été aussi grand. Nous devons nous instruire sur les définitions que nous avons héritées du passé et les considérations qui ont informé ceux qui ont bâti la nation dans le passé. S'il est vrai que nous devons étudier le passé, il est également vrai que cette étude ne sera pas utile si nous n'identifions pas d'abord les besoins du présent. Nous pouvons de là envisager l'avenir avec confiance et en nous guidant sur l'expérience passée.

Nous devons également comprendre dans toute leur profondeur les valeurs que nous épousons, en termes réels, en termes de comment elles sont vécues et comprises par tous les individus et tous leurs collectifs. Le but est d'harmoniser tous les différents intérêts conflictuels avec l'intérêt général de la société. Cela doit être reconnu comme une condition importante pour assurer non seulement le succès de la discussion mais aussi le renforcement de la cohésion sociale.

Le PMLQ croit qu'il n'y a pas plus grande entreprise aujourd'hui que de définir nous-mêmes qui nous sommes et quels arrangements sociaux, politiques, économiques et écologiques sont nécessaires à notre épanouissement.

Le projet de loi n° 60, tel que présenté, doit être retiré ou rejeté car il échoue à surmonter les défis qui se posent au peuple du Québec aujourd'hui. C'est en affirmant les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont humains qu'on créera une situation nouvelle qui apporte des solutions à ces problèmes. Nous aurons ainsi une nation souveraine et moderne qui s'épanouit parce qu'elle garantit les droits de tous.

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Note

3. Dans beaucoup de cultures, pas seulement les religions, on fait une distinction entre la vente pure et la viande impure. Il suffit de consulter les chapitres de la bible chrétienne, le Lévitique et le Deutéronome en particulier, pour y trouver des passages concernant la santé et l'hygiène. Les quatre chapitres du Lévitique suivant l'énumération de viandes pures et impures traitent des mesures à prendre après l'accouchement et des façons d'identifier et d'éliminer la propagation de maladies transmissibles. Dans l'Exode 15 : 26, Moïse énumère les mesures à prendre contre la propagation d'épidémies. En d'autres mots, dès cette époque des pratiques communes reliées à l'hygiène ont été codifiées.

Dans l'Antiquité, non seulement les gens devaient-ils s'abstenir de consommer des animaux impurs, il était aussi interdit de toucher aux carcasses. Des lois furent adoptées pour contrôler la vermine. Les animaux qu'on considérait impurs étaient les araignées, les mouches, les insectes, les rats et les souris. Par exemple, un rat mort devait être retiré de la maison et enterré. Pour éviter les problèmes, les femmes au foyer devaient bien entretenir leur maison. C'est pourquoi celles-ci ont été incorporées au code médical du Pentateuque, auquel adhéraient les juifs orthodoxes ainsi qu'un certain nombre de non-juifs.

Beaucoup de gens refusent de manger des fruits de mer ou des animaux nécrophages. De façon générale, ces derniers ne vivent pas de chasse mais se nourrissent de matière morte en décomposition dans l'environnement. Il en va ainsi pour le homard et la crevette. Le fait que la chair des fruits de mer — crevettes, crabes, homards, etc. — est perçue comme étant impure par plusieurs cultures n'a rien à voir avec la religion comme telle. Un grand nombre de maladies, y compris la paralysie soudaine, frappent les gens tous les jours suite à la consommation de fruits de mer. Les crevettes, les huîtres, les pétoncles et les moules sont d'une grande efficacité pour purifier les eaux contaminées. Ils filtrent d'immenses quantités d'eau à tous les jours. Les eaux usées remplies de produits chimiques, de toxines et de bactéries dangereuses, de parasites et de virus se trouvent de façon concentrée dans ces fruits de mer. Des épidémies de choléra ont été provoquées par des crevettes, des crabes, des huîtres et des palourdes contaminés. Les symptômes du choléra sont une diarrhée aigüe menant à a déshydratation, à la perte de connaissance, à l'hypotension et à la mort.

Le porc est un détrutivore. Il se nourrit de tout ce qui lui tombe sous la patte. Son système digestif a un taux d'acidité très élevé. Les porcs sont très gloutons et ne s'arrêtent jamais de manger. Leurs acides gastriques deviennent diluées quand une grande quantité de nourriture est ingurgitée, ce qui permet à la vermine de franchir la barrière protectrice. Des parasites, des bactéries, des virus et des toxines peuvent ainsi se transmettre à la chair.

Les porcs peuvent manger des déchets, des excréments et même de la viande en putréfaction. Tout ce que le porc consomme devient une composante de sa chair. Mis à part les maladies qu'on associe au porc, la chair de celui-ci est très grasse. Les toxines sont particulièrement présentes dans le gras, qui affecte la viande dans son ensemble, contrairement à la viande plus maigre du boeuf. Ces toxines sont donc propagées dans la viande. Beaucoup sont préoccupés par le fait que ces toxines et des agents infectieux puissent se transmettre aux humains lorsqu'ils consomment du porc.

Trois des six maladies parasitaires les plus communes liées à l'alimentation et affectant les humains — la toxoplasmose, la téniase ou la cysticercose (provoquée par le ténia porcin taenia solium ou vers solitaire) et la trichinose — sont liées à la consommation de la viande porcine. Ces parasites qui se transmettent via les aliments ont-ils été maîtrisés et, si oui, comment ?

Aujourd'hui, le gouvernement québécois est-il en mesure de rassurer les Québécois que la viande qu'ils consomment a été inspectée adéquatement et qu'elle ne contient ni produits chimiques, ni hormones, ni d'autres agents néfastes à la santé ? S'il peut se porter garant d'une viande saine, alors pourquoi ne pas concentrer ses efforts à expliquer tout simplement pourquoi le porc d'aujourd'hui, pour prendre cet exemple, est en fait une viande saine ?

Si le gouvernement peut convaincre les cultures qui rejettent d'emblée le porc, et tous ceux et celles qui s'inquiètent de la salubrité de la chaîne alimentaire, qu'ils n'ont plus à s'inquiéter, nous y gagnerons tous parce que l'industrie porcine est le moyen de subsistance de nombreux producteurs québécois et beaucoup d'entre nous en mangeons en quantité importante. Pourquoi ne pas éduquer la population sur l'industrie porcine au Québec ? Avec quoi nourrit-on les porcs ? Comment les engraisse-t-on ? Quelles hormones leur sont injectées pour différentes raisons et quel est l'effet de ces hormones sur le système immunitaire humain et sur la santé humaine ? Le gouvernement peut-il en toute honnêteté dire aux Québécois qui ne veulent pas consommer de porc que leur pratique est religieuse et non liée à des préoccupations touchant à la santé ?

Addendum




    

  
Projet de loi 60 sur la Charte des valeurs

Mémoire du PMLQ
à la Commission des Institutions

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