Défendre la
dignité du travail pour
les
travailleurs du transport
L'industrie du transport est un secteur névralgique dans une économie moderne. Il permet d'acheminer et distribuer l'ensemble des biens produits par la classe ouvrière dans le monde. D'où le slogan des camionneurs : « si vous l'avez, c'est qu'un camionneur l'a transporté ».
Voici certaines statistiques de cette industrie pour le Québec.
- L'industrie du transport routier et du camionnage au Québec emploie plus de 82 000 personnes au total.
- On dénombre environ 26 300 entreprises de transport et de camionnage au Québec.
- 3 % de ces entreprises opèrent dans le secteur public.
- Bon nombre de ces entreprises sont en fait des chauffeurs, soient indépendants ou qui possèdent leurs propres camions. Les chiffres précis sont difficiles à obtenir étant donné le haut taux de roulement qui existent, mais on estime qu'il y a entre 15000 et 22 000 petits propriétaires de camions, soient 15-18 % de la main-d'oeuvre totale.
Pour préciser davantage, notons que l'industrie du camionnage est variée et leur rôle dans la production varie en fonction de la classe de conducteur inscrite sur leur permis de conduire. Par exemple, sur les 82 000 conducteurs, environ 40 000 possèdent un permis de classe 1, c'est-à-dire du transport de camion lourd. Les autres catégories sont des camions avec moins de tonnage et sont surtout affectés à la livraison des biens sur de courtes distances.
Les
camionneurs sont soumis à un ensemble complexe de lois et
de réglementations qui régissent le transport,
tout comme il existe des lois
pour le transport maritime et ferroviaire ou aérien. Ces
réglementations sont
présentes dans La Loi sur les transports au Canada (L.C.
1996, ch. 10),
sanctionnée le 29 mai 1996, est la loi
fédérale qui régit la
réglementation du
système de transport national sous compétence
fédérale et la loi 430 au Québec,
Loi concernant les propriétaires, les exploitants et les
conducteurs de
véhicules lourds. Bien que la majorité
des camionneurs soient sous
juridiction fédérale, certaines dispositions de
la Loi 430 s'appliquent à tous
les chauffeurs qui traversent la province, notamment celle sur les
heures de
conduite. Évidemment, d'autres lois du travail s'appliquent
à eux.
La loi 28 a été modifiée sous le gouvernement Trudeau pour ajouter des clauses et des conditions que certains autres secteurs à l'échelle fédérale avaient déjà et aussi sous la pression de plusieurs décennies de demandes des camionneurs, dont celle d'avoir droit à des journées de maladie. Avant ces amendements, aucune journée de maladie n'était disponible pour les camionneurs. Cette condition digne du 19e siècle fut un pas positif pour les camionneurs. Cependant, le paiement en surtemps se fait toujours après 60 heures de travail comparativement à 40 heures pour la grande majorité des secteurs.
La loi 430 quant à elle a été amendée en 2016 de manière unilatérale sous le gouvernement de Jean Charest ce qui a mené à un vaste mouvement de camionneurs qui a culminé à une manifestation de plusieurs milliers de camionneurs sur la colline du Parlement à Québec dont un défilé de plus de 600 camions dans les rues de Québec. Ce mouvement faisait écho à la volonté des camionneurs d'avoir un mot à dire sur les affaires qui les concernent. Ils voulaient décider de comment allait être régie leur industrie dorénavant.
Cette demande de vouloir être partie prenante des nouvelles réglementations en vigueur dans le camionnage fait suite à des décennies de déréglementation du secteur du camionnage tant au Québec qu'au Canada. Ces déréglementations ont eu pour effet de détériorer énormément les conditions de vie et de travail des camionneurs, mais aussi leur rémunération en tant que chauffeur professionnel. De grandes batailles ont eu lieu dans les années 80-90 et début 2000 pour s'opposer à ces déréglementations. Ces nouvelles politiques gouvernementales qui modifiaient les arrangements qui existaient dans l'industrie faisaient partie du début de l'offensive néolibérale contre l'ensemble de la classe ouvrière.
Depuis des décennies, les différents paliers de gouvernement ont introduit, retiré, amendé puis adapté aux accords internationaux, interprovinciaux, environnementaux les différentes législations et réglementations. À la suite de ces multiples changements, on pourrait tous et toutes penser que les problèmes de l'industrie du transport sont réglés et que tout va pour le mieux. Mais détrompez-vous.
Nous avons récemment assisté de nouveau à la campagne raciste organisé par l'État, qu'il soit canadien ou québécois dans le secteur du camionnage. Ces attaques visaient principalement les camionneurs d'origine pendjabi à travers le pays qui représentent maintenant plus de 50 % de la main-d'oeuvre en transport. Ce sont ceux que les racistes et les arriérés appellent « les tapis volants » pour fomenter la haine et la division entre les travailleurs. Le pourcentage est moindre au Québec, mais les échanges commerciaux entre les provinces et entre le Québec et les États-Unis ont vu un nombre grandissant de ces travailleurs du transport au Québec. Ils sont répartis dans différentes branches de l'industrie du transport, mais affectés principalement au transport de conteneurs dans le secteur intermodal (camion-train-bateau), le transport du fret longue distance et de plus en plus dans le secteur du camionnage local.
La sécurité au travail
La question de la sécurité des camionneurs et des usagers de la route est une demande constante pour les camionneurs. Durant la pandémie, période à laquelle le nombre de camionneurs sur la route a augmenté grandement pour garantir le flot constant de marchandises, il y a eu une augmentation également du nombre d'accidents faisant plusieurs morts sur les routes en Amérique du Nord. Plus récemment au Québec, des accidents qui ont eu lieu sur des artères névralgiques comme l'autoroute 30 sur la Rive Sud ou la 440 à Laval ont révélé un manque flagrant de formation de certains camionneurs, d'origine pendjabi ou non. Sans entrer trop dans les détails, le phénomène de ce qu'on appelle les « chauffeurs inc. » est apparu sur la place publique comme si c'était nouveau (ça existe depuis le début des années 90, j'y reviendrai).
Aux États-Unis, pour soi-disant faire face à ce problème, on enlève les permis de conduire à des chauffeurs dont certains auraient obtenu leur permis illégalement via de la fraude. Ce phénomène existe aussi au Canada. Au lieu que les autorités prennent leurs responsabilités vis-à-vis ces chauffeurs et leur offrent une assistance et une formation adéquate, on leur enlève leurs permis, ce qui équivaut à se retrouver dans la rue avec aucun programme social pour leur venir en aide.
Le gouvernement de Donald Trump se bombe le torse disant qu'il prend la sécurité des citoyens à coeur, mais la vérité est autre. Ces travailleurs ne sont attachés à aucun monopole sauf à des donneurs d'ouvrages à bas coûts. Alors en pleine baisse de production comme c'est le cas en ce moment, on ne peut pas les mettre à la porte. Il y a donc un excédent de camionneurs dans l'immédiat. La révocation des permis de conduire est donc une façon de mettre à pied des milliers de camionneurs, c'est tout. Ce sont ces mêmes travailleurs dits essentiels pendant la pandémie qu'on jette à la poubelle aujourd'hui comme une main-d'oeuvre jetable, tout comme d'ailleurs les travailleurs migrants et non résidents qui ont été travaillés dans les hopitaux durant la pandémie, traités en anges-gardien puis blâmer pour tous les maux.
Le pire est que cette politique raciste de l'État sert à diviser les camionneurs entre les bons chauffeurs et les mauvais chauffeurs. J'y reviendrai dans une autre intervention.
Récapitulons. Depuis quelques années nous avons donc vécu de terribles accidents de la route qui ont fait plusieurs victimes et la question de la formation obligatoire refait surface.
Pourtant on nous dit que la formation et la sécurité étaient une priorité du gouvernement entre 2000-2026. Alors pourquoi a-t-on encore des problèmes de formation des camionneurs ?
On nous dit que les enjeux modernes sont le phénomène des « chauffeurs Inc. » et qu'il s'agit d'une priorité pour nos législateurs. Mais n'est-ce pas là la conséquence de la déréglementation économique de la fin des années 80 ?
Que devons-nous comprendre des actes de ces gouvernements ? Sont-ils favorables à la déréglementation totale de l'industrie ? Il semble que non, car malgré leur belle déréglementation de la fin des années 80, ça fait 36 ans, imaginez, qu'ils sont pris dans leur soupe et ne savent plus quoi en faire.
Pensons également aux tentatives désastreuses d'encadrer les heures de services quand la majorité des camionneurs font des heures excessives sur les routes au détriment de leur vie, de leur famille et de leur santé.
Vous devinez peut-être ou je veux en venir avec tout ça. Je vous le donne en mille : ça fait 40 ans que l'industrie du transport est soumise au diktat de l'État et le résultat est qu'aucun problème de l'industrie n'est résolu. Cela fait quarante ans qu'ils font tout pour nous soumettre aux besoins sans cesse grandissant de la chaîne d'approvisionnement des États-Unis des monopoles d'Amériques du Nord. Incroyable, mais vrai.
Voilà pourquoi, et je vais terminer avec cela, défendre la dignité du travail signifie reconnaître que les travailleurs et travailleuses sont ceux qui produisent la véritable richesse de la société et qu'ils doivent exercer un contrôle souverain sur la production, la distribution et les décisions qui affectent leur vie.
La dignité du travail implique que les travailleurs exercent un pouvoir réel de décision sur l'économie et la gestion de la société, s'opposant au contrôle exercé par les oligarques financiers. Il s'agit de faire primer les droits de tous les êtres humains et les besoins de la société face à l'exploitation capitaliste et à l'offensive antisociale du gouvernement des riches.
Notre opposition aux politiques d'appauvrissement de cette offensive antisociale est contenue dans l'exigence centrale du programme que nous mettons de l'avant : arrêtez de payer les riches et investissez dans les programmes sociaux.
Défendons la dignité du travail, empouvoirons-nous !