Numéro 8 ·

Sommaire
  1. Le gouvernement en place sera relégué au bas du classement
  2. Rentrée scolaire 2026-2027 et élection du 5 octobre: nécessité maintenant de mesures concrètes pour des écoles saines au Québec
  3. Un enjeu dans l'élection du 5 octobre au Québec: La santé et sécurité pour tous les travailleurs

Chantier politique, numéro 8, 4 octobre 2026

Élections générales le 5 octobre

Le gouvernement en place sera relégué au bas du classement

Demain, 5 octobre, est le jour du scrutin. Le Québec compte 127 circonscriptions ; il en faut donc 64 pour former un gouvernement majoritaire. Les sondages prévoient que le Parti québécois (PQ) remportera les élections et que le gouvernement actuel sera relégué au bas du classement. Le peuple exprime son rejet total de ce gouvernement. Celui-ci a d'abord été dirigé par François Legault, fer de lance de la restructuration de l'État visant à tout privatiser, qui était si impopulaire qu'il a dû démissionner juste avant le déclenchement des élections, puis par sa remplaçante, Christine Fréchette, elle aussi fervente partisane de la privatisation, que le peuple méprise.

Le simulateur électoral et agrégateur de sondages pour les 127 circonscriptions du Québec, Route 127, prévoit une forte avance du PQ avec environ 71 sièges, ce qui constituerait une majorité. Il estime que le Parti libéral du Québec (PLQ) obtiendra quelque 35 sièges, le Parti conservateur (PCQ) 15, Québec solidaire (QS) 5 et le parti qui formait le gouvernement avant les élections – la Coalition Avenir Québec (CAQ) – un siège.

Pour obtenir le statut de parti officiel, le règlement de l'Assemblée nationale stipule qu'« un parti politique doit, lors de la dernière élection générale, avoir soit fait élire au moins 12 députés, soit obtenu au moins 20 % des voix ». Lors des élections de 2018 et de 2022, Québec solidaire et le Parti québécois ont obtenu ce statut à la suite d'un accord avec le gouvernement Legault, bien qu'ils ne remplissaient pas ces conditions.

Face aux prévisions d'un gouvernement majoritaire du PQ, ses adversaires mettent désormais tout en oeuvre pour que les partis conservateur et libéral remontent dans les sondages et parviennent à priver le PQ de la majorité.

Un autre agrégateur de sondages, QC125, présente le pourcentage de voix que ces partis devraient obtenir ainsi que le nombre de sièges prévu. Il prévoit que le PQ remportera entre 52 et 73 sièges avec 30 % des voix ; que le PLQ en obtiendra entre 33 et 44 avec 24 % des voix ; que le PCQ en obtiendra entre 11 et 26 avec 19 % des voix ; le QS obtiendrait entre 3 et 12 sièges avec 11 % des voix ; et la CAQ obtiendrait entre 0 et 2 sièges avec 16 % des voix.

Tout cela pour dire qu'on ne peut pas se fier aux sondages !

Au 17 septembre à 14 h, heure de tombée pour les mises en candidature, 908 candidats étaient officiellement inscrits auprès de la Commission électorale nationale indépendante pour les élections générales. Cela représente 28 candidats de plus que lors des élections générales de 2022 au Québec, où l'on comptait 880 candidats.

Au début de la campagne électorale, 21 partis politiques avaient été autorisés par le directeur général des élections du Québec, contre 27 lors des élections de 2022. Parmi ces 21 partis, 20 ont présenté au moins deux candidats. Les récentes modifications apportées à la Loi électorale exigent qu'un parti politique présente au moins deux candidats, sous peine de perdre son enregistrement officiel.

Lors de cette élection, 42,6 % des candidats sont des femmes, contre 43,2 % en 2022. L'âge moyen est de 47 ans, contre 45 ans en 2022. Le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) présente 12 candidats, dont la moitié sont des femmes.


Lettre à la rédaction

Rentrée scolaire 2026-2027 et élection du 5 octobre: nécessité maintenant de mesures concrètes pour des écoles saines au Québec

Je lis et partage régulièrement vos publications, et je tenais à vous dire combien je suis d'accord avec votre programme d'Arrêter de payer les riches et d'investir dans la santé, l'éducation et les programmes sociaux. Je travaille comme concierge depuis des années pour le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), le plus grand au Québec. On parle de 185 établissements, 117 626 élèves, 20 557 employés. La moyenne d'âge du parc immobilier est de 74 ans. C'est 265 immeubles répartis dans 24 quartiers de Montréal, dont 130 édifices possèdent une valeur architecturale reconnue. Une grande proportion des immeubles (environ 76 %) affiche un indice d'état gouvernemental D (mauvais) ou E (très mauvais) selon le plan de gestion des investissements. Je suis témoin chaque jour des conséquences désastreuses des coupures dans l'entretien des écoles et des effets sur la santé et le moral des mes collègues et de nos élèves.

Depuis le budget 2022-2023, le calcul de la cote de vétusté des établissements scolaires est établi non pas selon notre expertise, mais en fonction de la facture totale des travaux à réaliser dans un horizon de cinq ans, divisée par la valeur de remplacement du bâtiment. Quand ce ratio dépasse 15 %, l'établissement reçoit une cote de D ou E, qui est associée aux degrés les plus avancés de détérioration.

La vétusté des bâtiments scolaires est un problème courant en raison du déficit d'entretien historique des écoles, qui arrivent pour la plupart en fin de vie utile au même moment. En 2024, Québec a réduit de 400 millions $ le budget prévu pour contrer le déficit d'entretien des bâtiments du réseau scolaire. Le CSSDM est lui-même en mode austérité pour réduire son déficit accumulé. En 2022-2023, le déficit était de 78,1 millions $, de 59,5 millions en 2023-2024 et de 38,5 millions en 2024-2025.

En ce moment, neuf écoles sont délocalisées dans un autre bâtiment, dont deux partiellement. Deux écoles s'ajouteront à cette liste à la rentrée 2027-2028.

Dans une entrevue au 98.5 FM le 7 août 2025, le ministre de l'Éducation d'alors, Bernard Drainville, a tenté d'atténuer la colère causée par les coupures en éducation annoncées le 12 juin sous prétexte de « ralentissement » des dépenses, de respect du budget et de la « capacité de payer » des contribuables avec un « réinvestissement » de 540 millions. Cette somme doit « s'accompagner de réduction des dépenses administratives des centres de services scolaires ». C'est davantage de coupures et personne n'est dupe.

Le fait est que l'éducation, qui comprend des écoles saines et aux normes de 2026, est un droit. Chaque école doit avoir un budget annuel d'entretien garanti qui ne sera pas détourné par des manoeuvres pour payer les riches qui ne sont que du vol et de l'escroquerie. Je vais inciter mes collègues à voter pour vous parce que vous êtes les seuls à dire que ce sont les travailleurs qui devraient avoir le dernier mot. Toute la population du Québec exige des écoles avec les plus hauts standards d'hygiène et de protection de la santé publique. Comment se fait-il que ce soit réduit à un système de promesses et de voeux pieux rédigés par des firmes de relations publiques pour des partis et des candidats sur lesquels nous n'avons aucun contrôle ? Ce système politique est fini et vous avez tout à fait raison de dire qu'il faut le renouveler en profondeur pour que contrôle de l'économie ne soit plus entre les mains des partis des riches, mais entre les nôtres et nos collectifs.

Bravo encore une fois pour votre campagne,


Un enjeu dans l'élection du 5 octobre au Québec: La santé et sécurité pour tous les travailleurs

Parmi les plus vulnérables et les plus fragilisés dans la société , on compte les travailleuses et travailleurs accidentés du travail. On recense au dessus de 90 000 accidents de travail à travers la province du Québec à chaque année.

En 2025, on recense 91 décès de travailleurs à la suite d'accidents de travail; par ailleurs, 166 décès étaient liés à une maladie professionnelle. Il y a au Québec environ 235 000 employeurs inscrits à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) alors que le nombre de travailleuses et de travailleurs couverts par la CNESST est d'environ 4.5 millions; les travailleurs autonomes ne sont pas couverts.

Les statistiques démontrent que la très grande majorité des accidents sont déclarés par des moyennes et grandes entreprises. Une minorité d'entreprises comptant des centaines de salariés cumulent de multiples accidents par an, tandis que des milliers de PME n'en enregistrent aucun.

La CNESST, de part même sa mission, doit viser (en matière de santé et sécurité au travail) la prise en charge de la santé et la sécurité par les milieux de travail, indemniser les victimes de lésions professionnelles et veiller à leur réadaptation.

Or, des faits et des constatations témoignent que cet organisme a failli à ses obligations : la CNESST fonctionne comme un assureur privé axé sur le contrôle des coûts , plutôt que sur l'accompagnement humain; les travailleuses et travailleurs ne sont plus au centre des préoccupations de la CNESST comme ils devraient l'être.

Elle obéit ainsi à la volonté du patronat qui veille à minimiser les coûts d'indemnisation , et ainsi permettre aux employeurs de payer une cotisation plus basse (sachant que la cotisation est à la charge de l'employeur qui a nullement le droit de retenir quelque montant que ce soit sur le salaire de l'employé).

Trop souvent, être victime d'un accident ou d'une maladie professionnelle devient synonyme d'affrontement avec les services de la CNESST , voire d'affrontement judiciaire : le régime de la CNESST se caractérise désormais par une judiciarisation extrême face à laquelle les travailleuses et travailleurs accidentés se trouvent complètement désabusés et démunis.

Parmi les plaintes souvent portées au fonctionnement de la CNESST, on peut citer les suivantes :

- Des problèmes d'information et de communication : certains travailleurs disent ne pas recevoir une information suffisamment claire sur leurs droits , les démarches à faire ou les raisons d'une décision . Les procédures sont souvent jugées trop complexes et rigides.

- Des difficultés à communiquer avec la personne responsable du dossier.

- Les délais de traitement des dossiers représentent souvent une source d'insatisfaction : le travailleur doit parfois se battre longtemps pour faire reconnaître une rechute ou une aggravation.

- Les contestations médicales : l'employeur ou la CNESST peut contester l'opinion du médecin traitant et faire examiner le travailleur par un autre médecin, puis éventuellement par le BEM ( bureau d'évaluation médicale ), ce qui entraîne des examens répétés et peut retarder, voire interrompre les traitements et indemnités pendant que le dossier est contesté.

Il existe au Québec un grand nombre d'organismes dont la mission est de venir en aide et accompagner les travailleuses et travailleurs accidentés dans la gestion de leur dossier, en leur fournissant de l'information pertinente et en les représentant devant les instances judiciaires.

Le plus connu des organismes est l' UTTAM, (Union des travailleuses et travailleurs accidentés ou malades ), qui est à l'oeuvre depuis plus que 50 ans, notamment dans la région de Montréal.

Un autre organisme : l'ATA ( Aide aux travailleurs accidentés ) fondée en 1987; il couvre les régions de la Capitale nationale, de Chaudières Appalaches, du Bas Saint-Laurent, de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Mauricie.

Tous les organismes de défense des droits des accidentés du travail ont comme principales revendications :

- La reconnaissance du caractère prépondérant de l'opinion du médecin traitant et l'abolition des procédures de contestation.

- La cessation du harcèlement et des tracasseries administratives de la CNESST et de l'employeur ( contestations de l'employeur, convocations à répétition chez les médecins de la CNESST, coupures d'indemnités, nombreuses auditions devant le Tribunal Administratif du Travail, etc ).

- La garantie d'un emploi convenable auprès de l'employeur qui tienne compte des limitations fonctionnelles des accidentés .

- La reconnaissance des maladies professionnelles : troubles musculosquelettiques ( tendinites, bursites, douleurs lombaires chroniques etc...), surdité, maladies respiratoires (dues à une forte exposition à la poussière et aux produits chimiques ), dermatites, etc.

- L'augmentation des efforts de prévention ( par la formation des membres des comités santé sécurité ) et la multiplication des actions coercitives contre les entreprises récalcitrantes.

- La création d'un organisme public indépendant de la CNESST, financé par le régime d'indemnisation, qui offrirait gratuitement aux travailleurs non syndiqués :

- de l'information sur leurs droits; de l'aide dans leurs démarches auprès de la CNESST; de l'aide pour préparer une contestation; et, au besoin, une représentation devant la CNESST et le Tribunal administratif du travail (TAT).

L'UTTAM et les principales organisations syndicales feront un rassemblement le lendemain des élections, le 6 octobre 2026, à midi, au complexe Desjardins à Montréal pour exiger du prochain/prochaine ministre du Travail de présenter, cet automne, un bilan des aménagements et des modifications à apporter aux lois et règlements régissant la santé et la sécurité , à l'Assemblée nationale.

Joignons-nous à l'action du 6 octobre !

Notre sécurité est dans la défense des droits de tous et toutes !

Ensemble, on peut changer les choses !

Mohamed Achour, travailleur retraité de la CSST

(Sources : CNESST, l'UTTAM, Protecteur du citoyen, Statistiques Canada)